Politique

Algérie/ SOLDAT PERDU FACE AU PEUPLE

SOLDAT PERDU FACE AU PEUPLE

Par SAID SADI :

Ce 19 juin, jour anniversaire du coup d’Etat de juin 1965 ayant infligé au pays un militarisme qui a enterré la démocratie et aggravé un bellicisme négateur de paix et de développement dans la région, vous décrétez que l’emblème amazigh doit disparaître de la rue algérienne. Ce symbole de l’unité nord-africaine flotte depuis des années en Libye, en Tunisie, au Maroc et dans le nord des pays sahéliens. Les manifestants de la révolution du 22 février se l’ont naturellement approprié comme la promesse devant honorer l’engagement des peuples en lutte contre le colonialisme par la finalisation de leur combat dans la construction d’une fédération d’Etats que rassemble une histoire multimillénaire.
Cette provocation qui s’ajoute à d’autres menaces et abus doit être dénoncée et condamnée avec la plus extrême fermeté par tous nos compatriotes. Après avoir échoué à diviser la révolution, on vise maintenant à justifier l’injustifiable, quitte à passer outre toutes les lois en vigueur.

En proférant cet interdit, vous contrevenez une fois de plus à la constitution qui reconnaît officiellement le fait amazigh dans ses dimensions symboliques, historiques, culturelles et linguistiques. Mais il y a longtemps que les Algériens ont compris que la constitution, obsolète et illégitime, est d’abord l’alibi servant de cache-misère à des décisions illégales, abusives et souvent loufoques.

Pourquoi un tel aveuglement alors qu’à l’intérieur et à l’extérieur du pays, les faits et les analyses démontrent que notre peuple, et c’est tout à son honneur, fait naître une révolution inédite par la convivialité de ses méthodes, généreuse par sa composante dominée par les jeunes et les femmes, derrière lesquelles se fédèrent toutes les couches sociales et audacieuse par des objectifs d’innovation démocratique émanant de la base populaire. Certains observateurs n’hésitent pas à comparer ce miracle unique dans le Sud à la chute du mur de Berlin, Alger ayant longtemps servi de modèle à la gestion bureaucratique tiers-mondiste.

Autour de l’Algérie en mouvement, des dirigeants tentent tant bien que mal de comprendre leurs sociétés respectives et de s’adapter à ce nouveau monde.
Certes laborieusement, la Tunisie avance progressivement sur le chemin de l’Etat de droit. De son côté, l’Etat marocain se prépare à faire figurer des symboles amazighs sur les billets de banques et les cartes d’identité nationale. Vous êtes l’une des rares personnes à croire encore possible de ressusciter le cadavre politique du système FLN.

Faut-il dès lors s’interdire de donner crédit à ceux qui dénoncent les pressions de pétro monarchies qui répugnent à admettre des régimes démocratiques accouchant de pédagogies citoyennes dangereuses pour leurs autocraties et somment leurs obligés de défaire les mouvements progressistes?

Depuis le début de la révolution vos positions sont strictement inverses de celles des Algériens. Adepte du cinquième mandat de Bouteflika, vous ne vous êtes résigné à y renoncer que contraint par la déferlante populaire. Partisan du carcan institutionnel, vous refusez de voir la réalité politique qui exige la mise à plat apaisée et pacifique d’une situation historiquement bloquée. Acteur d’un pouvoir dénoncé par nos concitoyens et l’Histoire, vous voulez imposer une présidentielle alors que les Algériens en appellent à une transition constituante qui va décider du nouveau régime convenant à un peuple privé de son indépendance.
L’avènement de la république démocratique et sociale est à l’ordre du jour. S’y opposer par tant de maladresse est aussi irresponsable que vain.

Avec un tel acharnement, il vous sera difficile d’éviter un face à face avec le peuple.

Prendrez-vous alors la terrible responsabilité de mettre nos soldats en demeure de devoir choisir entre la fidélité à leur conscience ou la soumission à des ordres scélérats et le reniement de leur patrie ?

Les appels à la raison n’ont pourtant pas manqué.

Il y a deux mois et demi de cela, je vous adressai ici même une lettre ouverte vous demandant à vous retirer de la vie publique. Votre âge et les désastres occasionnés au pays par le système auquel vous avez appartenu invitant à mettre un terme à une carrière qu’il fallait savoir terminer avant que le pire advienne en Algérie.
Par la suite, des voix autorisées vous ont interpellé pour souligner les risques que représentaient pour la Nation l’application de l’article 102.

Depuis, les incohérences de votre propre démarche, vous ont disqualifié en tant que vice-ministre de la défense.
Au regard de la Constitution actuelle, l’Algérie sera sans chef d’Etat à partir du 9 juillet, le sursis que vous avez accordé au président par intérim étant doublement illégal. Il est anticonstitutionnel dans la mesure où aucune disposition ne prévoit ce genre de rallonge et vous n’avez aucune qualité pour prolonger ou limiter un mandat présidentiel. De plus, dans le régime algérien, le chef de l’Etat est le premier responsable de l’Exécutif. Quand, pour une raison ou une autre, son mandat vient à s’éteindre, le gouvernement, auquel vous appartenez, disparaît mécaniquement.
Vous avez ainsi créé une situation qui fait que à partir du 9 juillet, vous n’êtes plus vice-ministre de la défense. Nul n’est tenu de vous entendre ni de donner suite à vos propos.
Vous vous êtes mis dans une posture faisant de vous un citoyen qui abuse d’un pouvoir qu’il ne tient ni de la loi ni du peuple.

La voie constitutionnelle, dépassée par l’Histoire et rejetée par la rue, dans laquelle vous vous êtes enferré expose la Nation aux plus graves périls. Elle est maintenant un piège qui s’est refermé sur vous.
Personne ne comprend qu’à l’hiver de votre vie, vous préfériez le destin de soldat perdu de la République au statut de paisible retraité.

Il est encore temps de regarder la réalité en face.

Said SADI

Le 21 juin 2019.

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