Littérature

LECTURE/ « Rue de la Nuit » d’Arezki Metref

La mystérieuse disparition de Mucho

 

Le narrateur de « Rue de la Nuit », roman d’Arezki Metref, retourne sur les lieux de sa jeunesse et se souvient des personnages singuliers qui peuplaient autrefois la Cité du Peuplier. Entreprenant un ambitieux projet d’écriture, il restitue les faits et les ambiances, et revient sur le parcours d’une véritable « légende locale », Mucho, qui a vécu à rue de la Nuit, entre 1965 et 1968, puis a disparu sans laisser de trace. Histoire d’un destin et d’un quartier – sur plusieurs décennies – qui se confond avec celle d’un pays, Galèrie.

 

Par Sara Kharfi

Le plus grand mystère de rue de la Nuit, celui de la disparition, un certain avril 1968, de Mucho, personnage qui a longtemps fasciné les habitants de la Cité du Peuplier, ressurgit à la faveur de l’ambitieux projet du narrateur du roman de « Rue de la Nuit », qui revient, après bien des pérégrinations, sur les lieux de sa jeunesse et décide d’écrire sur cet endroit situé dans la « Capitale » de « Galèrie » (allégorie de l’Algérie), qui a subi bien des transformations.

 

Dans cet endroit où il a grandi, enseigné et fini par quitter, le narrateur – dont on sait peu de choses – retrouve un ami qui n’a pas oublié le passé et qui l’encourage à le reconstituer. Ainsi, il se souvient de « la vie du petit peuple de la Cité du Peuplier », entre 1965 (année de l’arrivée de Mucho) et 1968 (année de sa disparition).

 

Paru aux éditions Koukou, le roman, « Rue de la Nuit » (éditions Koukou), du journaliste et écrivain Arezki Metref, plonge son lecteur dans l’ambiance d’un quartier populaire où chacun à un sobriquet, un biographème et une place. Ainsi, au fil des pages, on fait la connaissance de personnages comme Zongo et sa « dégaine d’aristocrate décadent », patron du « Café des amis » ; Zayyem, « boss de la Maison du Drapeau », partisan de l’ordre et gardien de la mémoire officielle ; ou encore, Poteau électrique, qui aurait pu avoir une autre vie, bien plus stimulante que celle d’un adepte oisif surveillant et épiant une bande de justiciers ou malfaiteurs (c’est selon les points de vue), et dont le chef à la fois fascine et effraie les habitants de la Cité du Peuplier.

Le chef en question est Mucho : énigmatique, ténébreux, taciturne. Un personnage extrême, notamment dans son mode de vie, mais avec beaucoup de cœur et ne supportant pas l’injustice. Tous les jours, en fin de journée, il procède au même rituel : il se rend au « Café des amis », capte toute l’attention de l’assistance, puis repart en silence. Qui est Mucho ? Quelle est son histoire ? Pourquoi divise-t-il autant « ses voisins » sur ses « faits d’armes » ? Pourquoi a-t-il disparu du jour au lendemain ? C’est à ces questions et bien d’autres que le narrateur devra répondre pour écrire son livre et élucider l’énigme entourant un personnage que presque tout le monde a fini par oublier. Quelle serait l’utilité alors de redessiner ses trait et le raconter ? Il faudrait peut-être chercher la réponse dans la mémoire des lieux et dans l’époque de Mucho, pour voir les différentes formes de résistance (même les plus étranges) qui peuvent être développées dans un contexte aliénant. Peut-être aussi que le présent trouve son sens dans le passé.

 

En outre, dans « Rue de la Nuit », chaque chapitre porte le nom d’un personnage, et c’est ainsi qu’on pénètre un univers tragique et violent, où règne l’injustice, et où les protagonistes cherchent refuge dans la prière ou dans l’idée de la mort (et du paradis) ou même dans des figures qui incarnent l’insoumission (comme Mucho), pour adoucir un tant soit peu leur quotidien.

 

Arezki Metref nous raconte une histoire où se lit le plaisir d’écrire, d’inventer des personnages et de jouer avec les mots. Sa langue apporte de la fraîcheur et du rythme à l’histoire. Il est un conteur qui se souvient. Et la fin est sans doute le début d’une autre histoire.

S.K

  • « Rue de la nuit » d’Arezki Metref, roman, 104 pages, éditions Koukou, Alger, 2ème semestre 2019. Prix : 500 DA. (Illustration de couverture : Monique Perret).

 

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