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ENTRETIEN/ RAHMA BENHAMOU EL MADANI, À PROPOS DE SON FILM « UNIS VERS KATEB »

Scène du documentaire "Unis vers Kateb".

« Ce projet est comme la révolution, il est né avec et il continuera avec »

 

Dans cet entretien, la réalisatrice Rahma Benhamou El Madani revient sur la naissance du projet de son film, « Unis vers Kateb », ses rencontres et sa démarche.

 

[Par Sara Kharfi]

 

Dans votre documentaire « Tagnawittude », vous démarriez d’un questionnement personnel sur la transe, quel a été le point de départ pour « Unis vers Kateb » ?

  • Rahma Benhamou El Madani : Un film n’a pas un seul point de départ. L’idée du film sur l’écriture de Kateb Yacine est née lors de ma rencontre avec Amazigh Kateb lors de mes repérages pour « Tagnawittude ». A ce moment-là, je voulais faire 2 films dans un seul. Je me suis rendue compte que les deux sujets devaient être traités dans deux films différents. J’ai donc d’abord réalisé « Tagnawittude », et puis le hasard a bien fait les choses. Lors de mon tournage, je me suis rendue à Oran lors de la tournée de Gnawa Diffusion, c’était en 2007. J’ai ensuite, sur la recommandation d’un ami réalisateur, rendu visite au théâtre de Sidi Bel Abbes où le festival de théâtre amateur battait son plein. Et c’est là que j’ai rencontré par hasard Lakroune Mahfoud, le comédien fétiche de Kateb Yacine. Nous nous sommes liés d’amitié. Il savait que je menais un travail de recherche sur Kateb Yacine, et quand je suis revenue filmer les Gnawa de Sidi Bel-Abbès pour « Tagnawittude », j’ai revu Mahfoud et ses compères. Il se trouve aussi que je suis née dans un village près de Sidi Bel-Abbès, donc à chaque visite dans mon village natale, je finissais par rendre visite à Mahfoud et deux autres anciens membres de la troupe, Amir et Hsissen. Pour moi, il était inconcevable de faire un film sur Kateb Yacine sans plonger dans son univers, et Mahfoud me permettait, grâce à tout ce qu’il me racontait, de connaître d’avantage cette époque, et surtout ce poète que je lisais quand j’étais jeune lycéenne. J’ai donc, après la sortie de « Tagnawittude », continué mes recherches tout en continuant mes visites à Sidi Bel-Abbès. Et puis j’ai compris que le théâtre était ce qui avait permis à Kateb Yacine de se rapprocher de son peuple. Nedjma a été évidemment le livre que j’avais lu jeune. J’avais lu le théâtre de Kateb Yacine en français, et puis écouté son théâtre en algérien grâce à mes recherches. Tout ça me ramenait à chaque fois à mes parents et à leur monde populaire, à leur passé en Algérie qui m’avait tant été raconté. Voilà la genèse de ce petit film.
La réalisatrice Rahma Benhamou El Madani.

La réalisatrice Rahma Benhamou El Madani.

« Unis vers Kateb » présente une troupe de Béjaïa préparant une mise en scène d’une pièce de Kateb Yacine (« Mohamed prend ta valise »), encadrée par Mahfoud Lakroune. Le docu nous restitue des échanges entre les jeunes comédiens (impliqués dans le mouvement populaire en cours) et avec leur encadreur, ainsi que ses confidences à lui. Comment vous avez rencontré les protagonistes de votre film ?

  • Alors, d’abord, je voudrais dire que j’ai voulu que les jeunes se familiarise avec la pièce « Mohamed prends ta valise », montée en 1972, au moment où Mahfoud Lakroune et les autres membres la troupe avaient l’âge de ces jeunes de Béjaia. Ma productrice algérienne Amina Haddad m’a proposée la ville de Béjaia. Nous avons par l’intermédiaire de Hakim Abdelfattah, qui est directeur de production et assistant réalisateur, invité quelques jeunes au théâtre de Béjaia et nous leur avons travaillé le prologue de la pièce. C’était en octobre 2018. Lorsque le mouvement du 22 février a commencé, je n’ai pas hésité et je suis revenue revoir les jeunes tant je sentais la proximité avec Kateb Yacine et ses écrits, son engagement. Evidemment certains jeunes plus que d’autres sont très mobilisés dans les marches des étudiants et également le vendredi, et je me rends compte que leur vie d’étudiant est très impactée par leur engagement au même titre que Kateb au moment du 8 mai 1945.

 

Vous qui avez suivi cette troupe et porté ce projet, quel lien voyez-vous entre Kateb Yacine et ces jeunes qui se battent pour l’art et pour une vie meilleure ?

  • Unis vers Kateb c’est un film que je mène en recherche depuis 2007. Les anciens membres de la troupe de Kateb Yacine m’ont soufflé l’idée de remonter la pièce. J’ai opté pour une rencontre avec des jeunes et la révolution est née. C’est ce qu’a toujours voulu Kateb Yacine, la révolution figure dans tous ses écrits. Quel meilleur moment pour la réalisation d’un film sur cet auteur qu’aujourd’hui. Evidemment les jeunes sont mobilisés ils sont pour certains vraiment très présents dans les marches et leur vie je suis certaine n’a plus rien à voir avec avant la révolution.

 

« Unis vers Kateb » est un court métrage de 27 minutes, comptez-vous développer davantage ce projet ? Prendra-t-il la forme d’un long-métrage ?

  • Je voudrais juste dire que j’ai monté « Unis vers Kateb » comme il est, alors que je suis encore en travail de mise en scène avec les jeunes, c’est pour ça d’ailleurs que le titre est « Unis vers Kateb » (ça ne fait que commencer). Ce projet est comme la révolution, il est né avec et il continuera avec. Oui, il y aura un long bien sûr !

S.K

Rahma Benhammou El Madani et Adel Ittel El Madani, son fils et ingénieur du son.

Rahma Benhammou El Madani et Adel Ittel El Madani, son fils et ingénieur du son.

 

« Unis vers Kateb »

Présenté en Algérie, en septembre dernier, aux Rencontres cinématographiques de Béjaïa, le documentaire « Unis vers Kateb » de Rahma Benhamou El Madani, met en images un groupe de jeunes de Béjaïa, qui se rencontrent autour du prologue de « Mohamed prend ta valise » de Kateb Yacine. Ils sont encadrés par Mahfoud Lakroune, un comédien qui a longtemps côtoyé et travaillé avec l’auteur du « Cercle des représailles » ; il était son « comédien fétiche ». Outre le spectacle en construction, le documentaire présente les échanges entre les jeunes, très impliqués dans le mouvement populaire depuis le 22 février ; ils débattent de la « révolution du sourire », du sens du vivre ensemble, du rapport et conflit entre les générations, de l’école et de ses ratés… Ils questionnent aussi leur encadreur sur Kateb Yacine, sur un passé qu’ils ne connaissent que très peu finalement. A son tour, Mahfoud Lakroune se confie et se livre face à la caméra de Rahma Benhamou El Madani, qui propose un film sensible sur un immense poète et un grand militant, et sur le sens de son engagement, notamment dans le contexte actuel. Son combat semble trouver sens aujourd’hui, et un lien très fort lie l’auteur de « Nedjma » aux jeunes comédiens du film, qui tentent de réhabiliter le politique et la prise de parole dans l’espace public. Ils sont en marche, comme l’était Kateb Yacine et comme leur révolution. Projet amené à évoluer encore (vers un long-métrage), « Unis vers Kateb » sera projeté le 21 novembre au Festival international du film d’Amines, le 23 novembre au Festival du film amazigh d’Ars-sur-Moselle, et le 10 décembre à Saint Denis au cinéma L’Ecran, pour une soirée spéciale Kateb Yacine (organisée conjointement par le Panorama du cinéma du Maghreb et Moyen-Orient et le Théâtre Gérard-Philippe).

S.K

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