Politique

Algérie : Les trois indices

Les trois indices

Toute révolution fait face à une contre révolution. La première exige le changement pour l’émancipation du peuple, et l’autre résiste pour maintenir au moins le statu quo pour garder ses privilèges. Quand la première prône la justice, l’équité sociale et une meilleure répartition des richesses, la seconde continue à cultiver la différence pour s’accaparer toujours plus de richesses et de passes droits. Quand la Révolution appelle à la mobilisation du peuple, la contre révolution appelle à sa démobilisation.

Marcher quelques heures dans la rue le vendredi, jour du congé hebdomadaire, est aux yeux de la contre révolution une menace pour l’unité du pays ! Apparemment il est donc aisé de les distinguer et c’est pour cela que, le pouvoir mobilise ses médiats, ses intellectuels, ses historiques, ses journalistes… et surtout beaucoup d’argent pour formater un discourt qui puisse brouiller les consciences, jeter le trouble à cultiver la peur dans le but d’infléchir, neutraliser et pourquoi pas retourner ce mouvement d’émancipation, vers l’obscurantisme et la servitude. L’autorité déclare que toute initiative politique contraire à celle d’aller aux élections dans les plus brefs délais est anti nationale antipatriotique et risque de diviser le pays. Le vice-ministre qui dicte cette feuille de route à la nation s’est permis de se hausser au niveau supérieur au chef d’état intérimaire tout en répétant, à son âge avancé, qu’il respecte la constitution et qu’il n’a aucune ambition politique ! Pourquoi ce faux et ce manque d’ambition ?  Sont-elles les raison pour ne plus accompagner  le mouvement à la révolution ? On peut comprendre ce soucis de passer le flambeau pour alléger l’armée de la lourde responsabilité qui est sur ses épaules mais on ne comprend pas son ultimatum  qui consiste à le « programmer dans les temps impartis qu’on le veuille ou non et quels que soient les difficultés et les sacrifices». Et encore moins ses menaces et  la sourde oreille concernant l’élargissement les militants du mouvement emprisonnés et particulièrement ceux accusés de porter le drapeau amazigh. En plus  la fermeture du champ médiatique qui augmente  l’audimat des chaines comme  Magharibiya, ce relai médiatique des Frères musulmans jusqu’à devenir une référence du hirak et en sus l’arrestation de Karim Tabou il y a de quoi s’inquiéter du tournant que peut prendre la scène politique et dans ce cas, aller avec ça aux élections devient carrément un coup de force en faveur de la réaction.

La Silmiya ne dira pas « marche ou crève » mais « marche ou retire toi ». Suite à ses fautes graves et au ton ennemi, menaçant,  Gaïd devient de plus en plus un boulet qui doit débarrasser le planché. Il a compris, avec du retard qu’il est incapable de suivre le long chemin que le peuple tient à emprunter, lui qui s’est cru un moment, capable de se mettre en peloton de tête. Il doit dans ce cas passer le relais et prendre sa retraite.

Depuis 30 semaines le citoyen, comme son armée, est dans un Etat sans institution, présent le vendredi et le mardi dans un  mouvement sans organisation. Cette situation est pour les uns révolutionnaire et donc pleine d’espoir, pour d’autres elle est inquiétante en tout point de vue, désespérante. Dans une telle situation préconiser une transition équivaut à ajouter du vide au vide. Si nous sommes contre une élection présidentielle qui fait fi des conditions minimales, nous ne pouvons pas être pour une désignation de personnes qui dans le meilleur des cas appartiendraient à des partis obsolètes et qui s’imposeront pour diriger la transition qui mènera, très probablement le pays au chao.

L’absence de débat sur la crise de la rationalité économique de l’occident libéral, celle qui crescendo et depuis plusieurs siècles mène le monde  d’une crise à une autre, sur le plan humain et non technique, appauvrissant des populations, poussant aux génocides des ethnies entières,  incendiant les forêts et transformant les pays les plus pauvres en bidonvilles; contaminant  les mers et les océans de leur déchets toxiques nucléaire, pétrolier…  Depuis 1970 ce monde en perpétuel danger, vit à crédit non pas sur le dos de l’ouvrier seulement mais au dépend de la nature. Le capitalisme du profit a repris les armes du racisme et considère l’autre comme un inférieur et forcément, il devient entièrement eugéniste. Son intérêt, le rend vorace et raciste et le pousse à intervenir dans les affaires intérieures des états. Il n’invoque la démocratie que pour faire des élections un cheval de Troie. Il crée une 5e colonne dans les réseaux sociaux et les régions dont il veut extorquer les richesses et fait élire grâce à la propagande diffusée par  des moyens médiatique colossaux, ses candidats démocratiquement ! Si on ne condamne pas ce capitalisme il est impossible de tirer le pays des griffes du système actuel.

La silmiya ce mouvement  de la révolution pacifique est depuis 30 semaines une suite d’agoras ou le débat est perlé de joie et de la bonne humeur en présence d’hommes de femmes et d’enfants, sauf au niveau de la Fac centrale d’Alger quand certains jeunes, s’approchent des militantes « des droits des femmes partout et tous le temps » pour une vindicte qu’ils assènent à ce panel. Suite à un tel acte ; ce n’est pas l’attitude de ses jeunes qui choque le plus mais celle passive de l’autre ; cet autre, le spectateur ou Lama Fakih de Human Rights Watch qui elle et ses confrères sont plus tournés vers l’uniforme. Cet uniforme, il faut le rappeler a préservé le monde méditerranéen du fascisme vert dans les années 90.

Comment la Silmiya doit-elle agir pour ne pas emprunter le protocole de la réaction interne et internationale comme celle du FIS, des Frères Musulmans, de la CIA et ses relais qui ont travaillé à notre destruction et à celles de jeunes républiques et qui ont toujours l’Algérie dans le collimateur depuis le démembrement de la Yougoslavie ?

Pourquoi l’absence de référence à Boudiaf doit elle nous interpeller. Cet homme n’a-t-il pas été l’unique coordinateur du glorieux FLN ? N’a t-il pas été la première victime de ces antidémocrates dont Bouteflika était un membre actif ? N’a-t-il pas interdit le FIS ? N’a t-il pas été l’unique chef d’état algérien assassiné  suite à ses engagements politiques en faveur du peuple ? Pourquoi ceux qui rappellent Novembre ne brandissent-ils pas la figure de son premier et unique coordinateur ? Est-ce pour faire oublier l’autre héritage de l’ANP, celui de l’Etat-major qui a vaincu les terroristes sans vaincre pour autant leur idéologie comme le soulignait le général Mohamed Lamari ?

La raison est que le choix de la figure historiques laisse percer l’orientation politique de celui qui s’y réfère.  Plus d’une déclaration programme et pétition tentent de gommer un pan de l’histoire, consciemment ou inconsciemment, pour effacer les crimes et les traîtrises d’une poignée, d’hommes publics,  et lui permettre de rejoindre, la scène politique d’où Boudiaf l’avait élaguée.

Le plus grand acquis du mouvement du 22 février est certes la propulsion de la jeunesse sur la scène politique avec comme premier plat, le 5e mandat qu’ils ont vite avalé sans l’avoir digéré. Le deuxième indice est l’absence de dénonciation de ce capitalisme, dénoncé pour extorsion de la plus-value des travailleurs depuis des siècles et qui a rendu la grosse bourgeoisie omnivores. Quant au troisième indice c’est la vindicte envers le panel des militantes femmes le vendredi.

Il faut souligner que la référence aux Mohamed incommode, y compris l’historien généralement sous influence du mainstream ;  alors qu’il a vocation de ressasser le passé, la figure du défunt Président Mohamed Boudiaf, ramène toujours à un présent inachevé où on entrevoit le futur. La référence à l’évolution semble plus propice que la référence à l’histoire.

Saadeddine Kouidri 

 

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