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Agora algérienne

Saadeddine Kouidri

Saadeddine Kouidri, militant politique et reporter photographe en retraite, analyse dans cette contribution le Mouvement du 22 février avec un récapitulatif historique.

 

Par Saadeddine Kouidri : L’interdiction de marcher décrétée au lendemain des manifestations de 2001  est levée grâce à la marche silmiya (pacifique) de dizaines de milliers de jeunes femmes et de jeunes hommes le vendredi 22 février 2019. Leur marche courageuse contre le 5e mandat disait au pouvoir et à qui voulait l’entendre que l’Algérien est un citoyen et ne peut être un sujet comme n’ont cessés de le crier les manifestants qui n’ont pas été écoutés mais brimés tout au court des années. Aujourd’hui ils ont été écoutés puisqu’ils ont reçu une réponse. Ils répondent à leur tour que la réponse du Président ne les satisfait pas. Ce dialogue à ce niveau et de cet ampleur est une première dans l’histoire de notre pays depuis l’indépendance et prouve au monde et aux valets du régime que nous n’acceptons ni le 5e mandat ni le système qui tentent de faire de nous des sujets.

Un collectif d’intellectuels  réunis ce 14 mars entame son texte par la demande urgente de l’abrogation de la loi sur les réunions publiques au moment où se tient la plus grande agora du monde et de tous les temps.  Un record qui sera certainement retenu dans le livre Guinness. Ce collectif d’intellectuels parle de la liberté d’expression au moment où tout le monde sait que la mobilisation actuelle s’est faite par des jeunes connectés. Il demande le changement dans le code de l’information et d’autre désidérata qui dans l’ensemble sont plutôt justes sauf qu’il conclut par « Il ne s’agit plus, dans les conditions actuelles, de réformer le système » !

Le choix de ce collectif, des lois à abroger relève du bavardage et le bavardage a son utilité. Il rappelle que si effectivement il y a  un code à abroger en urgence c’est celui du code de la famille fait en 1984 et qui est issue de l’article 2 de la constitution qui non seulement a tenté de gommer tout un pan de l’histoire et de son identité ; a permis en sus l’islamisation de la société pour accoucher d’une armée de terroristes et d’un président grabataire postulant un 5e mandat.

Quand un collectif fait de la défense de la liberté d’expression sa priorité il faut peut-être lui rappeler que c’est grâce à Facebook que les jeunes du 22 ont communiqué entre eux. Cette méthode a prouvé son efficacité.

La condition sociale de la femme qui souvent isolée est à la merci à tout moment de n’importe quel haggar de  frère, de marie qui l’exploite en plus du patron quand elle travaille doit être une urgence.

La marche des jeunes femmes et jeunes hommes le 22 était pleins de risque. Ils affrontaient l’interdit de marcher. Ils en sont sortis vainqueurs grâce aussi à l’attitude responsable de la police. Ils l’ont maitrisée jusqu’à la conserver  silmiya. Et tout le monde marche à travers tout le pays depuis des semaines  jusqu’à entretenir une sympathie avec la police pour communier dans la joie et brise l’interdit de marcher à jamais en  bannissant l’affrontement. C‘est là comme un chef d’œuvre dont nous ignorons s’il a des maitresses et des maîtres en dehors de la foule.

Et depuis le 22 on est comme des funambules, on marche sur le fil du rasoir, qui a un moment va trancher pour séparer. On ne sait ni quand ni où. Le rêve est toujours éphémère et on le doit à ses jeunes du 22. Avant cette séparation nous devons vite consolider ce qui nous rapprochera le plus vite de ce rêve que les millions d’Algériens souhaitent. Oui l’école laïque n’est possible que dans une République laïque. Le paysan comme tout entrepreneur ne peut être encouragé dans ces efforts que dans une nation qui possède tout le sol et le sous-sol. La renationalisation des terres est une des priorités de l’économie qui facilitera la vie du citoyen

Notre danger n’est pas comme une épée de Damoclès  mais comme un fil à couper le beurre

Nous sommes heureux  d’être ensemble pour la deuxième fois depuis décembre 60 et comme nous savons que cela ne va pas durer, nous nous demandons ce que le pouvoir et la réaction nous préparent. A mes craintes sur les islamistes, on me pose la question « et qu’est-ce qu’on va en faire ? »   Sous forme de reproche. Il est difficile dans notre société de concevoir l’ennemi intérieur excepté le pouvoir, quand on est tous frères ! La réaction cet ennemi politique se cache derrière l’inexistence des classes. L’ennemi est présent tant que les classes sociales existent, tant que les exploitants ont besoin d’endoctriner les gens pour s’accaparer de la plus-value de leur force de travail, et de la terre ;  tant qu’il existe des inégalités. Ceux qui utilisent l’islam en politique sont l’ennemi le plus dangereux pour la simple raison que la religion est un trésor dans le cœur de tous les croyants. Quand ce trésor est détourné par une poignée d’aventuriers il est dangereux et efficace comme nous l’avions constaté dans la décennie du terrorisme. Cet  ennemi n’est pas le seul, mais il peut servir efficacement tous les autres,  en leur donnant une teinte religieuse, sensible à nos citoyens. C’est en cela qu’il est le plus dangereux. Ce danger, nous devons l’éloigner des centres de décisions politiques. L’expérience a démontré que la séparation de la religion de la sphère publique est la meilleure solution pour se prémunir de ce danger. Cette séparation est qualifiée de laïque dans les pays ou le clergé avait le pouvoir. Si la religion musulmane n’a point de clergé, nous constatons néanmoins que dans la pratique, les politiques féodales et bourgeoises ont tour à tour conçu un, que l’article 2 de la constitution a officialisé en catimini au lendemain de l’indépendance, pour falsifier notre histoire millénaire et forcément notre identité. Il est utile de rappeler à ceux qui nous invitent à ne pas revendiquer la laïcité, car impropre à leurs yeux, qu’un ministère représenté par une armée d’imams sont des fonctionnaires de l’Etat. L’utilisation de la religion dans la société a fini par officialiser des partis politique qui eux revendiquent directement ou indirectement une Dawla islamya. Celui qui demande l’interdiction de l’association des Oulamas devrait être conséquent avec lui-même et exiger l’interdiction de ces partis.

En ce moment, il existe deux options et demie, celle de voir les marcheurs élisent leurs leaders. Ils  élisent dans la toile,  dans les quartiers, les usines … pour former une direction de jeunes qui prennent en charge le projet de la 2e République Démocratique, sociale et laïque. La deuxième option est la poursuite du 5e mandat sans élections avec de nouvelles figures et la deuxième et demi  est le pouvoir de la Réaction c’est-à-dire carrément les hommes de l’informel qui sont déjà dans le système et qui mettent à leurs têtes des islamistes qui se sont enrichies pendant les 4 mandats et plus.  Ils seront soutenus y compris par cette minorité de marcheurs qui changeront de veste. Ils viennent de coller Kamel Guemazi et Mourad Dhina ces anciens du FIS sur une liste ou figure Zoubida Assoul. Ces activistes  visent deux choses contraires à l’aspiration des marcheurs. Ils tentent de faire d’une pierre  deux coups ; rehausser l’image de ces dirigeants islamistes tout en détruisant l’image de Zoubida.

La vigilance consiste à faire durer le débat  et rendre l’agora permanente pour débattre de cette République que nous voulons. Si on est unanime à vouloir le changement, nous ne sommes pas unanimes à son option politique. Il est donc primordial d’en donner le profil et pédagogiquement. Chacun dicte ce qui lui semble primordiale. En ce qui me concerne c’est l’égalité entre les femmes et les hommes (abrogation du code de la famille). La renationalisation de la terre qui est rappelons devenue étatique et donc privatisable – La loi électorale doit être complétée par une  loi sur la révocation de tous élus – Pour une école laïque dans une société laïque qui  enseigne la rationalité et l’évolutionnisme – Tout problème qui se pose à un collectif et qui ne trouve pas de solution, d’une APC par exemple, doit être d’abord posé aux concernés aidés par les experts avant que la tutelle ne s’en mêle – Toute grève ne peut être décidée que lors d’une Assemblée Générale des concernés – Encourager l’élection pour tout poste de responsabilité dans  les secteurs sensibles comme la magistrature, les médias…

On constate qu’il y a des noms qui circulent dans la toile pour désigner des responsables. Avant de désigner quelqu’un il est primordial de discuter avec les électeurs pour tracer la feuille de route de leur candidat. L’agora doit être préservée pour durer au moins le temps nécessaire à fixer un socle commun aux feuilles de route de l’ensemble des candidats.

La seule date ou nous devons répondre par une urgence est le 28 avril, la fin de la légitimité du mandat présidentielle. Une équipe provisoire doit être dégagée pour permettre d’autres décisions dans la transparence et pour cela la numérisation du vote est souhaitée.

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