Politique

Algérie/  »Un combat pacifique pour l’identité et culture amazighes couplé aux libertés démocratiques »

printemps bérebere

Témoignage sur la grève générale du 16 avril 80.

amar hamadi

 

Amar Hamadi, Ancien militant du MCB. Militant de la démocratie et de la cause identitaire.

 

La lutte publique et pacifique du mouvement 80 a fait sortir la revendication de la clandestinité vers un combat politique. Ce qui a permis à des étudiants, des médecins, des ouvriers puis toute la population d’assumer une revendication identitaire couplée à la liberté, toutes les deux interdites à l’époque. Ça a été le grand mérite des animateurs du printemps et sa particularité.

Le 15 avril j’arrive à 7h45 à Sonelec oued aissi, lieu de mon travail. Mon bureau est situé au deuxième étage du bâtiment administratif, en montant, arrivé au premier, je rentre aux toilettes. Au lavabo, je vois un tract affiché appelant à la grève générale pour le lendemain le 16 avril 80. Je sors et continue à monter pour arriver à mon bureau.
À peine arrivé et assis, mon ami Berdous Maamar m’appelle. Je le trouve dans le couloir et me dit ceci : ce n’est pas le moment d’afficher ce tract. Ma réponse est nette et claire: je n’ai rien affiché. Il s’excuse et rejoint son poste de travail au premier étage. Dans le bâtiment administratif, une peur s’est installée. Chacun à son poste y travaille ou faisant semblant. À midi à la cantine le même climat y régne. On entend que des murmures et chuchotements. Vers 15 heures, l’heure de sortie approche. Tout à coup, des cris arrivent des deux côtés du bâtiment. Par une fenêtre, j’aperçois Berdous courir en criant à tue-tête que Gareche Messaoud qui travaillait avec lui venait d’être arrêté par la police. De l’autre côté du bâtiment on aperçoit le Wali de Tizi Ouzou Hamid Sidi Said avec un Talkie Walkie à la main et gesticulant. Il y avait à côté de lui deux motards en tenue de policier et une voiture Peugeot 304 de couleur noire matricule civile. Les ouvriers commencent à sortir des ateliers et bureaux. Une assemblée générale fut décidée et organisée.

Les travailleurs demandent la libération immédiate de leur camarade Gareche. À cette assemblée, il y avait la présence de Hend Sadi, Arab Aknine et Djaffar Ouahioune venus certainement s’informer de ce qui se passe et des décisions prises. Pour préserver l’usine de toutes tentatives de sabotage des comit8de vigilance sont créés. À la fin de cette assemblée la majorité des travailleurs étaient convaincue que la grève générale pour le lendemain sera une réussite. La forte émotion de peur est devenue une émotion de joie. Le lendemain 16 avril 80, la grève est une grande réussite. Une jonction du mouvement entre l’université, son épicentre, et le monde de travail vient de s’opérer. Toute la population est derrière les revendications de la communauté universitaire.
Le rédacteur du tract appelant à cette grève a eu un flair de génie. Après cette réussite, une réunion regroupant les représentants des lycéens, des étudiants et des travailleurs des unités économiques des alentours a eu à Sonelec même et a abouti à la création d’un comité populaire pour la gestion de la suite du mouvement. Le pouvoir a vite compris le message. Le mouvement n’est plus un chahut d’étudiants. Une bandorale de la marche des étudiants et travailleurs de l’université portait ce slogan: As nhdach di meghres id ne segheres. Ce slogan annonçait une rupture avec le combat politique vécu par les générations du mouvement national. Un combat pacifique pour l’identité et culture amazighes couplé aux libertés démocratiques. Les unités économiques, l’hôpital et l’université sont occupés par les travailleurs et les étudiants.
Le 20 avril les forces de la répression s’attaquent aux étudiants dans leur sommeil et encerclent les unités économiques et demandent aux travailleurs de rejoindre leur poste de travail. À Sonelec, après une assemblée générale les travailleurs rentrent aux ateliers et aux bureaux dans un climat de peur. Le 20 avril vers 10 heures du matin des échauffourées commencent avec la police anti émeutes. Pendant trois sans relâche les éclatent partout en Kabylie pour dénoncer l’évacuation violente des étudiants et étudiantes et demander la libération des détenus. La tête du mouvement est décapitée. Les militants restés libres sont face à une situation inédite.
Les étudiants ont réussi à faire un appel à la grève générale pour le 19 mai afin de demander la libération des 24 détenus présentés à la cour de sûreté de l’ÉTAT de Medea. Le 26 juin les 24 détenus sont libérés sans procès. Au mois d’août un séminaire sur la culture amazigh fut organisé à Yakouren, ce séminaire a débouché sur rapport renouvelant la revendication culturelle berbère. Durant ce séminaire des opinions différentes se sont révélées affrontées dans le cadre démocratique et toujours pacifiquement.
Le Dr SADI le principal animateur de ce mouvement cultureL berbère a repris sa réorganisation et son élargissement. Pour avancer la revue Tafsut fut créée et diffusée régulièrement. Cette revue a entamé une série  » études et débats  » où d’autres Nord africains participaient. La revue a atteint 11 numéros ordinaires. Les militants du mouvement ne sont pas à l’abri d’une arrestation, donc il fallait un instrument de défense.
Le Dr SADI a initié l’idée de la création d’une ligue pour la défense des droits de l’homme. Ce projet a abouti en juillet 1985. En parallèle une association d’enfants de Chahid fut aussi créer pour peser dans l’écriture de l’histoire de la guerre de libération et contester au FLN sa légitimité.

Donc le mouvement culturel berbère organisait la commémoration du 20 avril. L’irruption du combat identitaire sur la scène politique algérienne est une première. Ce changement de paradigme dans la lutte pour la culture et la langue amazighe niée depuis le mouvement nationale en Algérie et dans tout l’espace géographique Nord africain.
L’Afrique doit retrouver son Nord avec son substrat amazigh et réaliser l’espérance des aînés qui projetaient dans leur réunion de Tanger pour la création des états fédérés nord africains après les indépendances des trois pays Algérie Maroc Tunisie. Espoir trahi. Par contre , la question qu’on doit poser, en ce qui concerne le printemps noir de 2001 pourquoi la Kabylie a connu plus de 127 morts de par balles ? Alors que le mouvement culturel berbère a initié et ses luttes pacifiquement?

Notre devoir est de demander justice à tous ces morts et blessés. Le combat pacifique initié par le mouvement d’avril 80 est repris par la révolution de 2019 ainsi que ses revendications démocratiques et pour un État libre et démocratique et social. Toute tentative de parasiter cette révolution qui porte l’espérance démocratique d’un État moderne dans le sens tracé au Congrès de la Soummam par Abane et Ben Mhidi.
Le message de la Soummam est d’actualité. En ce qui concerne le combat pour la langue tamazight il ne doit en aucun cas s’arrêter. Toute homme politique qui réfute la pluralité linguistique n’est pas démocrate. La constitutionnalisation de tamazight sans loi organique pour son développement est un leurre. Sans cette loi pour son développement, elle restera une langue du deuxième collège. Donc le combat pacifique doit continuer. Tamazight a besoin d’un État démocratique pour s’épanouir. Le message pour la jeunesse c’est de continuer à lutter et mener à terme cette révolution qui à l’origine les objectifs de changement du système et aboutir à un un État laïc, démocratique et social.

Amar Hamadi

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