Politique

Contribution : Quand l’abus de répression engendre l’immixtion extérieure !

Contribution : Quand l’abus de répression engendre l’immixtion extérieure !

« L’oppression d’un peuple ou même d’un simple individu est l’oppression de tous et l’on ne peut violer la liberté d’un seul sans violer la liberté de chacun. »

                                                                                                                Mikhaïl Bakounine.

 

J’emprunte les mots du révolutionnaire et philosophe Bakounine pour tenter d’expliquer qu’au-delà du nationalisme, que par dessus toutes les appartenances, un humain est contraint de s’immiscer contre toute atteinte à un autre être humain, se désolidariser serait se déshumaniser. Comment donc le tort injustifié et injuste se banalise au point de percevoir l’acte de défense comme ingérence sans être capable de voir l’intolérable répression qui aurait conduit à cette fâcheuse ingérence ? Est-il normal de rouspéter l’immixtion extérieur mais de négliger le danger de l’escalade terrifiante des violations des droits et libertés ?

 

Immixtion politique : Distinguer le devoir de la Realpolitik

Lorsqu’un gouvernement ou un pouvoir réprime une partie cible de sa population, en utilisant la force sous forme de : harcèlement, poursuites et pressions judiciaires, interdiction de rassemblements et de réunions, arrestations, emprisonnements et détentions arbitraires à l’égard de celles et ceux qui s’opposent aux politiques. Dans ce cas précis, quand les dénonciations internes ne parviennent plus à faire reculer la parti qui réprime, l’intervention en faveur des réprimés devient permise et même obligatoire quand il s’agit d’un état ayant ratifié et signé les conventions des droits de l’homme, plus particulièrement les droits civiques et politiques lesquels sont bafoués. Une nation est tenue d’obligations et de devoirs. L’Algérie est un état parti et membre qui a ratifié les différentes conventions de protection des droits humains, des plus importantes la déclaration universelle des droits de l’homme et le pacte relatif aux droits politiques et civiques. Du simple fait d’avoir ratifié et adhéré aux instruments internationaux et régionaux des droits humains le pays s’engage à respecter, assurer et protéger les droits de sa population en introduisant les droits et libertés dans les lois internes et tout dépassement permet aux mécanismes de défenses internationaux et régionaux d’intervenir.

Parmi les accords acceptés et ratifiés par l’Algérie, un accord d’association avec l’union européenne, l’accord de partenariat économique pour la création d’une zone de libre échange, ainsi que l’accord de bon voisinage qui stipulent clairement l’obligation de respecter les principes de démocratisation et le respect des droits humains et cela signifie que l’état a donc accepté cette condition et accepté d’être rappelé à l’ordre en cas de dépassements ou d’atteintes aux droits. Ce qui fut fait, le parlement européen a déclenché une procédure légale qui rappelle le pouvoir algérien de devoir respecter ses engagements et d’agir de manière adéquate avec les conditions signées entre l’Algérie et l’union européenne.

Il est donc nécessaire de différencier entre une intervention légitime (justifiée par des violations et atteintes prouvées et flagrantes). Intervention qui vise à pousser les dirigeants à accepter et assumer leurs engagements, en déclenchant des mesures de confiances, à savoir la libération des détenus politiques. Contrairement aux déclarations faites par le président français Emmanuel Macron lors d’une interview, quelques jours avant la résolution du parlement européen, ses propos de soutient d’un chef d’état à un autre chef d’état renvoi à la realpolitik, s’allier et soutenir une partie en favorisant l’intérêt personnel et les principes politiques aux principes moreaux illustrent parfaitement la maxime de Machiavel qui défini si bien la realpolitik : «  la fin justifie le moyen » il est claire que des chefs d’états n’ont pas à intervenir ni à soutenir un régime jugé répressif ou dictateur par une partie de son peuple qui réclame un changement et des réformes profondes.

Le contexte : Entre servitude volontaire et ingérence étrangère

Il existe une causalité entre les abus tyranniques et la servitude obligatoire, involontairement et dans cette ordre, la répression mène à la dénonciation dans un rapport de cause à effet, mais quand la dénonciation provient de l’extérieur, les despotes utilisent la théorie de la politique de la peur, prétendant que tout ce qui vient de l’extérieur vise forcément à détruire l’état nation, de la discrète répression à l’abus des violations flagrantes les membres de la société se retrouvent contraints de choisir la servitude volontaire et l’indifférence obligatoire devant la perte des libertés et des droits plutôt que de tomber dans l’ingérence extérieure.

Face à cette situation il est vrai que les droits humains ne sont pas respectés, la réalité indéniable concernant la situation actuelle est que la répression est bel et bien existante, la dégradation des droits et libertés est une réalité difficile à camoufler, les violations ne cessent de croître depuis maintenant plus d’une année. Les actes de rejeter les politiques d’un gouvernement, critiquer le pouvoir en place, ou s’opposer radicalement au régime sont injustement condamnables alors qu’ils relèvent du droit de participer à la vie politique et d’exprimer ses avis et ses opinions librement, ces actes sont devenus très largement interdits et de plus en plus passibles d’emprisonnement et de peines.

Mais il existe une autre réalité indéniable, et même si la résolution du parlement européen ne s’ingère pas pour s’ingérer mais  pour dénoncer des faits réels, il est important de tenir en compte qu’un état devenu ciblé par sa situation intérieur risque de voir sa situation interne instrumentalisé pour d’autres raisons, c’est ainsi que l’ingérence devient dangereuse, elle est parfois évidente mais jamais bien contrôlée, elle n’échappe pas aux ambiguïtés du « deux poids, deux mesures » qui hypothèque la sincérité, et permet de mettre en avant les mauvaises fois des gouvernements et des instances supranationales détentrices de droit d’intervention mal intentionnée. C’est pourquoi les responsables de cette situation doivent y remédier, non pas en agitant le spectre de l’ingérence pour imposer la servitude volontaire mais en se montrant plus responsables envers leur population et leurs partenaires internationaux en respectant les engagements moraux.

Défendre et protéger sa souveraineté dépend de la capacité d’un état à résoudre ses différents politiques internes en respectant les droits et libertés de tous les membres de la société ce qui ne laissera de faille pour oser s’ingérer. Avant de chercher à défendre la souveraineté symbolique, il serait plus concret d’assurer une souveraineté alimentaire, une souveraineté sanitaire dans le sens d’une indépendance économique pour pouvoir prendre des décisions et des positions incontestables par les instances supranationales et les autres états, l’ingérence devient facile à l’encontre des plus fragile. Je rajouterai que les droits politiques et civiques ne vont pas sans les droits socio-économiques, assurer les libertés et les droits de ses citoyens c’est aussi solidifier sa position dans le monde. Quand l’abus de répression engendre l’immixtion, c’est la répression qu’il faut contester, échapper à toutes les ambiguïtés d’ingérence serait dans le respect des droits humains.

                                                                                  Par :  Sofia Boulesnam

                                                                                                      Analyste politique, doctorante chercheuse

                                                                                                      Militante des droits humains

                                                                                                      

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