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Algérie/ Contribution : Du 05 octobre 88 au 22 février 2019 ou de la pseudo ouverture démocratique à l’insurrection citoyenne

Du 05 octobre 88 au 22 février 2019 ou de la pseudo ouverture démocratique à l’insurrection citoyenne

A l’occasion du 32eme anniversaire des événements du 5 octobre 88, nous avons besoin de faire une petite halte pour essayer de comprendre les dynamiques enclenchées par le peuple algérien depuis l’indépendance territoriale en 1962.

Si octobre 88 est la résultante directe d’une crise économique engendrée à la suite de l’effondrement des prix de pétrole et la lutte clanique, Avril 80, a été un point de départ pour l’instauration de la démocratie en Algérie avec des paradigmes nouveaux en l’occurrence les questions identitaire et linguistique et renouer avec la vraie Histoire et ses prolongements millénaires.

L’Algérie est historiquement reconnue comme terre amazighe et non arabe comme déclarée dans la constitution. Nous ne pouvons pas construire un pays avec des mensonges et des forfaitures historiques.

Le 22 février 2019 n’est que la résultante des luttes citoyennes pour revendiquer la mise en place d’un système où tout citoyen a le droit de s’exprimer et d’exprimer ses opinions, agir dans des organisations politiques et associatives en vue de participer à vie active de sa cité. La pseudo ouverture entre 1989 et 1991 était inéluctable pour permettre au système de survivre vu la grave crise sur tous les plans que traversait le pays. Ce pluralisme politique factice s’est traduit par l’octroi des agréments à des partis politiques qui ont affiché clairement leurs hostilités à la démocratie. Le pouvoir a joué avec le feu en manipulant avec les forces et visions antagoniques dans la société en faisant exprès de ne pas établir de véritables règles démocratiques pour faire ce passage transitionnel d’un régime dictatorial et autoritaire à un régime démocratique.

Cette courte phase doit être une leçon pour nous aujourd’hui pour tirer des enseignements appropriés à la dynamique révolutionnaire du 22 février.

Le mouvement de février est dépourvu d’une organisation qui serait responsable d’élaborer des stratégies pour contrecarrer voire faire barrage à la feuille de route du pouvoir. Ce dernier a fait passer son élection du 12 décembre dernier et il est en train de mettre en place un autre mécanisme pour imposer sa constitution qui va consacrer la dictature. Le chef d’État s’est doté des privilèges du Roi digne des constitutions du moyen âge. Que faire face à cet entêtement irresponsable qui risque de mener le pays vers l’irréparable ?

Le pouvoir pousse au recours à la violence en vue de discréditer définitivement le mouvement qui est d’essence pacifique.

Nous considérons la dotation du mouvement d’un texte fondateur révolutionnaire est impératif si nous voulons aujourd’hui combler le déficit organisationnel et donner du sens à ce processus révolutionnaire en cours. Cette constitution que le pouvoir a décidé de faire passer en usant tous les moyens : la répression, l’instrumentalisation de la justice pour en plaçant les révoltés dans ses geôles, la division, la propagande, la diversion, le régionalisme primaire, tous les coups sont permis pour se reconstituer en faisant appel à sa clientèle habituelle. Il va sans doute recourir aux manœuvres pour recruter au sein même du mouvement.

Seule la mobilisation citoyenne à l’échelle nationale pour redynamiser le mouvement qui est capable de stopper la folie meurtrière d’un régime qui a décidé de s’en passer du peuple pour imposer leur ‘’ nouvelle Algérie’’ dictatoriale.

Nous sommes convaincus que l’élaboration d’une charte de valeurs démocratiques va permettre de disqualifier les ennemis de la démocratie en les éloignant de la tribune de la  manipulation du peuple. Le socle commun doit être trouvé entre acteurs du mouvement qui va représenter un préliminaire à toute démarche : les élections ou l’élaboration de la constitution. Tout le processus constituant dont la majorité des Algériens pourrait aboutir si ces valeurs préliminaires démocratiques seraient bien établies afin de rassurer tout le monde. Nul ne doit être inquiété par un texte fondateur qui va définir clairement et d’une manière transparente.

Les principes démocratiques qui ne peuvent que faire le consensus ce sont les valeurs universelles et humanistes car nous sommes une composante de cette humanité. Nous ne pouvons pas nous exclure de cette société humaine. Pour que les citoyennes et citoyens algériens puissent coexister, des valeurs communes doivent être consacrées définitivement.

Nous pouvons citer un nombre de valeurs démocratiques qui pourraient permettre de créer cette osmose entre les diverses composantes sociales algériennes. Ce cadre pluriel est une richesse pour le pays et non comme certains le considèrent comme une division juste en ayant deux langues officielles. Alors que dans le monde entier, les pays qui sont développés ont reconnu leur diversité et vivent dans un climat convivial et de paix. Nous ne pouvons pas accepter de laisser dans un État démocratique et de droit l’expression de l’exclusion en relation avec les valeurs reconnues comme des éléments qui construisent cette convergence citoyenne.

Nous avons besoin d’une charte démocratique et citoyenne qui va consacrer ce cadre intelligent et qui va sans doute construire la vraie société politique. Sans divergences d’idées et de projets de société, la politique n’existera pas. C’est pour cela durant cette phase cruciale du pays, nous avons besoin plus du politique pour trouver un terrain d’entente autour de ces  valeurs.

Essayons d’énumérer quelques valeurs qui vont bâtir une Algérie démocratique, républicaine et sociale comme souhaitée par la génération de Abane Ramdane et de Ben Mhidi. La séparation du politique du religieux, la séparation des pouvoirs, l’égalité devant la loi entre les citoyennes et les citoyens, la reconnaissance et la protection des droits des minorités, la liberté de conscience et de culte, le multipartisme, la liberté d’expression et de la presse, les libertés individuelles et collectives ……

En conclusion, sans doute le pouvoir va encore manœuvrer en Kabylie. C’est pour cela vigilance s’impose. Nous devons reconnaitre que si le pouvoir va faire passer sa pilule de la constitution, cela va être un coup dur pour le mouvement. Le sursaut est dans la reprise du mouvement à l’échelle nationale et non le réduire juste en Kabylie. Car le pouvoir va concentrer ses moyens de répression dans cette région pour mater toute contestation. Et d’ailleurs, la justice est actionnée pour toucher les militants de toutes les tendances en Kabylie afin d’imposer son scrutin le 1 novembre car il ne veut plus le remake du scénario du 12 décembre.

                                                                               Kamel Amari

 

 

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