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Algérie/ Contribution : La Soummam, entre hier et aujourd’hui…

La Soummam, entre hier et aujourd’hui...

Il m’est difficile en ce jour du 20 aout  de parler du mouvement qui a commencé le 16 février  à kherata et le 22 FEVRIER à l’échelle nationale sans faire le parallèle  avec  ce qui s’est passé durant cette même date il ya de cela 64 ans.

En Août 1956, Abane a su comment réunir et convaincre l’essentiel des acteurs de la scène politique algérienne de l’époque à discuter sur l’issue pour libérer le pays mais aussi sur la conception moderne de l’État  algérien qui a consacré son caractère républicain, démocratique loin des influences des grandes puissances occidentales. La résolution essentielle qui traduit la vision du monde de l’Algérie moderne en consacrant la primauté du politique sur le militaire. Cette ligne directrice a coûté la vie à l’architecte de la révolution. En Août 1957 au Caire, tout fut réuni pour remettre en cause les résolutions de la plateforme de la Soummam pour l’inscrire sur une autre trajectoire contre révolutionnaire. Est –il le premier acte contre  révolutionnaire ?  Ne serait –il pas un prélude pour l’assassinat de Abane Ramdane en assassinant son projet ?

Aujourd’hui, nous avons plus que jamais  l’esprit philosophique et politique de ce premier texte fondateur de l’État moderne algérien en vue de s’inspirer pour construire un cadre conceptuel adéquat qui mettra le pays sur rails. L’idéal démocratique consiste en la déconstruction du discours populiste prôné par le régime et son allié les islamistes.

Avec le terrorisme islamiste des années 90 nous amène à tirer des conclusions fondamentales en réfléchissant à l’adoption d’une charte de VALEURS démocratiques qui protégeraient le système politique de toute turbulence ou remise en cause de la part des anti-démocrates qui prônent le discours fasciste.

Je saisirai l’occasion pour citer quelques valeurs entre autres qui sont d’ailleurs universelles que certains voudraient les restreindre aux sociétés occidentales: La laïcité, l’égalité des sexes, l’alternance au pouvoir, la liberté d’expression, la liberté de culte etc. Selon Francis Wolff, « l’universel doit être toujours l’horizon visé, il n’y en pas d’autre ».

Par ailleurs, l’une des résolutions du congrès de la Soummam qui mérite une attention particulière réside dans la nouvelle organisation des régions ou anciennes wilayate historiques qui ont pris en considération les particularités régionales et culturelles en donnant les pleins pouvoirs aux responsables locaux. Il y a une sorte de décentralisation voire d’autonomie de décisions. Si la révolution a réussi, cela est dû sans aucun doute à cette résolution qui a responsabilisé les cadres régionaux contrairement au MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales) qui a opté pour une structure hiérarchique pour dominer et imposer des décisions contre révolutionnaires.

La rupture radicale réclamée par le peuple depuis le 22 février demeure une opportunité historique pour concrétiser l’esprit du projet soummamien en adoptant un nouveau système de gouvernance. Le régime jacobin héritier du régime colonial doit être banni et substitué par un régime qui prendrait en considération les spécificités régionales et culturelles. Un État unitaire mais fortement décentralisé Voire régionalisé en attribuant de larges pouvoirs aux régions. Aujourd ‘hui la nouvelle carte politique qui se dessine nous conforte dans notre thèse. La Kabylie avait rejeté totalement les élections du 12 décembre dernier en faisant barrage à toute possibilité d’imposer ce simulacre de scrutin. Certes, la fraude a été comme à l’accoutumée au rendez-vous, la Kabylie s’est distinguée par son organisation engendrée de tant d’années de luttes contre le régime notamment depuis les années 80 en imposant le combat pacifique.

Les partisans des Lumières ont apporté de grandes mutations politiques cruciales qui ont fait progresser la société en s’inscrivant de plus en plus dans une optique rationaliste en privilégiant la science au détriment de la religion qui perd de plus en plus  de place notamment dans les sociétés influencées par le mouvement intellectuel des Lumières.

la révolution démocratique algérienne qui est en cours n’aurait-elle pas besoin de s’inspirer de cette philosophie des Lumières pour l’inscrire dans une dynamique progressiste en plaçant la raison humaine comme arbitre de notre système d’organisation régissant nos diverses structures obéissant à des lois préétablies ?

Sans doute Oui. L’une des valeurs universelles qu’on ne peut ignorer qui est au centre du débat démocratique est la laïcité. La séparation du politique de la religion demeure un préalable démocratique. L’une des devises des philosophes des Lumières est la prévalence de la raison sur la spiritualité. La religion représente une sorte de frein pour libérer l’Homme totalement de cette pression religieuse.

La laïcité repose sur quatre grand principes : la liberté de conscience, la séparation de la religion du politique, neutralité de l’État à l’égard des religions et l’égalité devant la loi. La laïcité n’est ni une idéologie encore moins de l’athéisme.

Seule la laïcité  pourrait permettre de gérer la cité dans sa pluralité. Elle permet de faire cohabiter l’athéisme qui incarne la maîtrise de l’Homme sur son monde et le religieux qui incarne l’Homme croyant et les laïcs.

L’universel n’est qu’un particularisme triomphant. La laïcité est devenue un concept universel mais à faire adopter partout dans le monde pour inculquer la vraie culture de paix en mettant définitivement à ces tentatives de retour du religieux dans les sphères du pouvoir. Un beau concept universel mais universalisable encore dans certains coins du monde.

En conclusion, je dirai que nous sommes devant une opportunité historique pour transformer ce processus révolutionnaire en véritable projet de société ouvert sur l’universalité. Cette posture va permettre à la société algérienne de faire sa mutation dans divers domaines. L’esprit de la Soummam représente une alternative au statu quo et au recyclage du système du MALG. Entre le projet de Boussouf et  celui de Abane notre choix est vite fait.

 

                                                                                                              Nassim Messaoudi

Crédit photo : N.Yanat

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