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Algérie/ Contribution : Que reste-t-il du journalisme en Algérie?

Contribution : Que reste-t-il du journalisme en Algérie?

Une peine de trois ans de prison ferme prononcée par le tribunal de Sid M’hamed à Alger pour Khaled Drareni, et la même peine est requise pour Abdelkrim Zeghileche par celui de Constantine pratiquement pour les mêmes motifs : « atteinte à la personne du président de la République »; et de publications Facebook « pouvant porter atteinte à l’unité nationale »; « incitation à l’attroupement non armée »; « relations avec les organes de presse étrangère »; « porter atteinte aux symboles de l’État »; etc.

Un métier qui devient de plus en plus difficile à exercer jusqu’à se poser la question, sans se méprendre, c’est quoi son utilité devant un pouvoir qui ne respecte pas l’indépendance du journaliste, et une société qui a tendance à se fier aux informations en provenance de l’internet souvent sans filtres?

La situation est beaucoup plus complexe qu’on ne l’imaginait. D’un côté, museler la presse soit par la force ou en la domestiquant, de l’autre, le phénomène des réseaux sociaux qui ont bouleversé l’information médiatique. En conséquence, l’image du journaliste est ternie suivie des ventes des journaux en papier qui ne font plus recette, une situation qui les met dans un état de vulnérabilité. Et cela pour dire que sans les subventions et ni la publicité, leur existence est presque compromise.

En ce moment, pour qu’un organe de presse puisse exister, il doit s’assujettir au régime politique  régnant sinon il va disparaître. C’est une règle de jeu injuste et imparable, et c’est le journaliste qui en subit les conséquences. Alors que lui en toute candeur est tenu de respecter la déontologie liée à la profession, et il doit rapporter l’information avec une conscience libre et dans un d’intérêt général sans céder à l’influence du pouvoir politique, religieux ou économique. Malheureusement, en Algérie cette caractéristique n’est pas acceptée comme principe de base pour rassurer le journaliste de travailler dans un cadre professionnel et en toute liberté.

Le 3 mai est la journée internationale de la presse,  elle est célébrée dans notre pays dans la tristesse et dans l’indifférence. Une journée qui rappelle de mauvais souvenirs : les assassinats, les arrestations arbitraires, les intimidations, l’exil forcé.

Ce pendant, c’est un état des lieux qui relève de la responsabilité directe d’un pouvoir politique illégitime qui n’a qu’une seule ambition : le verrouillage des espaces d’expression pour agir en toute impunité. Dans le contexte actuel, toutes les voix discordantes n’arrangent pas ce pouvoir qui refuse de partir malgré la demande incessante du peuple.

Devant  le mépris qui gangrène de jour en jour cette profession, le journalisme subit  une véritable mutation. Dans une tendance déviée de son objectif essentiel, une catégorie de journalistes, avec un tempérament de timoré, a la plume facile pour le compte des oligarques, du pouvoir, des clans et d’autre groupe d’intérêt que pour le lecteur en générale. Une image qui a subitement été dégradée depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir.

Le sort qu’il a réservé au journal Le Matin mérite de le souligner pour indiquer un exemple de calamité. Il a mis en prison pour deux ans fermes  son directeur Mohamed Benchicou, tout en interdisant sa parution.

Pour dire une vérité, il y a un prix à payer. Pour dire un mensonge, tu auras un bon prix !

En revanche, pourquoi d’autres ont-ils chance d’exister? La réponse se trouve dans leurs lignes éditoriales. La majorité, avec les années, a choisi de s’éloigner des sujets qui fâchent le pouvoir, et de se recycler carrément en entreprise d’accessoire pour venir à son aide et soigner son image afin de bénéficier au retour des privilèges de l’Anep. Cette dernière est devenue un organe de corruption qui a tué le journalisme en Algérie, pendant des années, il distribue des contrats publicitaires d’une façon tendancieuse et en fonction de services rendus. Par devoir moral, on ne peut rester flegmatique face à cette incurie, c’est complètement abusif.

À croire Larbi Ounoughi, le nouveau President-directeur général de cette filiale, l’État a déboursé des milliards de dinars en 4 ans. Il vient de jeter un véritable  pavé dans la marre, cette information donne froid au dos. Donc, il est urgent d’engager des enquêtes indépendantes pour pister les bénéficiaires de ce montant faramineux. À l’heure actuelle, ça reste une annonce populiste pour accabler le système de Bouteflika. Sinon pour aider dans des investigations, il faut que les nouveaux maîtres des lieux doivent se rendre l’évidence que personne n’est naïf, c’est les mêmes médias en laudateurs qui les jubilent en ce moment et qui ont profité gracieusement de cette vache à lait comme Chourouk, Ennahar, El-Moudjahed, ……etc. La liste est longue.

Aujourd’hui c’est le célèbre le journal El-Watan qui vient d’être victime d’un complot bien ourdi par les officines du pouvoir de Teboune. Il vient de faire un revirement à 360 degrés avec la nouvelle direction du journal conduite par Tayeb Belghiche. Il a pris tout le monde à contre-pied, il vient de surprendre son lectorat par sa manière de rapporter le déroulement de la rencontre d’Abdelmadjid Teboune avec la presse (1), le 3 mai passé, alors que le journaliste Khaled Drareni et des activistes du hirak sont emprisonnés sans motif valable. Un extrait :

« C’est un Tebboune calme, sûr de lui, confiant en l’avenir qui s’est adressé à nous. Une maîtrise parfaite des dossiers qui laisse supposer que le premier Président universitaire de l’Algérie sait ce qu’il veut et où il va, surtout qu’il connaît le pays en profondeur.« 

Le journaliste Mohand Aziri s’est démarqué de cette vilénie en dénonçant dans sa page Facebook la mise en accusation  de la part de la direction du journal : « Mon employeur, El Watan, en plus de ne tolérer aucune critique (interne) n’a vraiment aucun humour. La direction du journal vient de déposer plainte pour diffamation (en cause un post fb) et décide d’une suspension conservatoire de ma position de salarié en attendant une comparution en conseil de discipline »

Omar Belhouchet, ex-directeur du journal qui a eu plus de 30 actions de justice engagées par le pouvoir d’un côté et échappé à deux tentatives d’assassinat de l’œuvre des islamistes doit vivre des moments de regrets pour avoir passer le flambeau. On peut penser aussi à  Salima Tlemcani, Mustapha Benfodil et d’autres journalistes qui ont fait briller le journal avec des reportages-chocs, dans quelles conditions qu’ils vont continuer à exercer leur métier !

Il n’est pas le seul journal à se pervertir. Comme El-Khabar, Al-Fadjr, deux journaux arabophones qui avaient une certaine crédibilité aux yeux de lecteurs sont devenus des organes de propagande pour la politique du nouveau chef d’État. Une situation exacerbante qui met en difficulté les mères et les pères de familles journalistes, pour des raisons sociales ils se sentent obligés de travailler malgré eux dans une atmosphère polluée de mensonges et de manipulation.

C’est ce genre de turpitudes qui ont occasionné des préjudices à tous ceux qui ont été pris en otage par des oligarques qui ont déformé le métier du journaliste en agent de propagande. Malheureusement, cette situation encourage l’impéritie, et elle ne peut soutirer la famille médiatique de l’opprobre.

L’influence des blogueurs sur l’opinion politique et sociale des Algériens.

Le lecteur algérien a déserté les journaux pour se rabattre vers des animateurs des réseaux sociaux qui les informent sans filtres. Amin-Dz, Bensdira, Zitout, Lotfi double canon et d’autres ont des cotes d’écoute qui dépassent de loin les médias conventionnels comme la radio, la télévision et les quotidiens, c’est un phénomène médiatique incontestable. Ils informent l’opinion sur des sujets brûlants que ces derniers cités ne peuvent pas rapporter.

Le verrouillage médiatique imposé par les autorités algériennes et notamment les services de sécurité est l’une des raisons principales qui a donné du succès à cette catégorie de blogueurs. Ils sont suivis par des milliers de personnes en quête d’informations et de scoops. Même si ce qu’ils annoncent n’est pas toujours vrai, mais ils ont gardé une popularité qui leur permet de continuer à activer sur la toile. Les nouvelles qu’ils livrent au grand public sont douteuses, incomplètes, populistes, dotées de mensonge et souvent motivées pour un objectif bien précis : manipulée l’opinion. Mais ils sont devenus malgré tout comme sources d’informations incontournables.

On s’entend qu’ils ne respectent aucune règle d’éthique et ni code de conduite régissant la profession du journalisme. Les réseaux sociaux ont bousculé tous les principes de base qui existent pour baliser un métier, réservé en principe aux journalistes, comme l’équité, l’engagement, l’intégrité, etc.

D’ailleurs, on a vu des montages vidéos et des photos truquées par des logiciels spécialisés comme Photoshop qui ont servi comme un moyen de porter atteinte à l’intégrité des personnes victimes de la vengeance ou d’un règlement. Balancer une nouvelle sans vérifier sa véracité est un phénomène médiatique propre aux réseaux sociaux. En général, ils sont des fake news, informations fallacieuses, publiés pour des administrateurs, ou blogueurs de pages de face-book ou de web sites en quête d’un buzz, ou pour nuire. Sans être inquiétés, ils mènent des campagnes de lynchage médiatique en ligne pour dénigrer des personnalités politiques ou artistiques.

Le neveu de Kasdi Merbah, le dénommé Salim Laibi, est un exemple de blogueurs maléfiques qui polluent la toile avec des mensonges. En ayant le profil d’une personne qui a fait l’objet de poursuites judiciaires en France à cause de fausses allégations, il récidive en tenant des propos diffamatoires et malveillants contre Dr Sadi dans une vidéo en circulation.

On regrette des journalistes comme Tahar Djaout ou d’Abdlekrim Djaad qui ont créé l’hebdomadaire Rupture après avoir quitté Algérie Actualité. Ils ont marqué une époque où écrire est un engagement, un sacrifice auprès des causes injustes.  En tant que rédacteur en chef à Algérie Actualité à l’époque du parti unique, fort dans sa plume, Djaad a toujours esquissé des articles poignants et abordé des sujets brulants en prenant d’énormes risques sans marchander sa dignité. Il est un exemple de courage. Comme Djaout d’ailleurs, qui n’a jamais cessé d’écrire devant la menace des terroristes jusqu’à qu’ils ont raison de lui. Ils l’ont assassiné devant son domicile en janvier 1993.

Pour l’Histoire, une centaine de journalistes ont trouvé la mort depuis le début de la décennie noire par les islamistes.

 

Messaoudene Mahfoudh

Source

 

 

 

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