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Algérie/ Pourquoi Khaled Drareni a été emprisonné ?

Pourquoi Khaled Drareni a été emprisonné ?

Quelles sont les vraies raisons de la condamnation du journaliste Khaled Drareni à de la prison ferme.? Trois années. Une peine très lourde et inadmissible. Il n’y a qu’une mobilisation internationale qui pourrait le libérer en soulevant cet emprisonnement abject au niveau des instances onusiennes et d’autres instances capables d’exercer des pressions sur le pouvoir algérien. Lorsqu’il s’agit de toucher aux journalistes et employés travaillant pour France 24, nous avons vu l’effet immédiat.

 

  Que vise le pouvoir à travers l’emprisonnement du journaliste indépendant Khaled Drareni ?

Khaled Drareni est l’un des rares journalistes qui exerce son métier d’une manière professionnelle en gardant son indépendance. Dans tout métier, il est régi par une charte éthique et déontologique. Dans notre pays, cette charte est synonyme de soumission aux lois de l’ANEP. Tout quotidien qui sort de la ligne éditoriale dictée par le pouvoir, il serait automatiquement exclu de la rente publicitaire. Donc asphyxié au point de mettre les clefs sous le paillasson.

Tout journaliste qui est jaloux de garder son indépendance voire son honneur serait systématiquement combattu jusqu’à le placer dans les geôles du régime. Pour le système mis en place depuis l’assassinat de Abane Ramdane en 1957, la liberté d’entreprendre qui ne cadre pas l’idéologie fasciste voire fascisante arabo-islamiste, le rebelle serait la cible de la mafia politico-financière et le régime qui veille pour ne pas changer de paradigmes de manipulation de la population. Il y a un certain nombre de valeurs qui permettraient au système de tenir en jouant sur un certain nombre de fibres de la société : la religion, l’hégémonie de la langue arabe, le nationalisme primaire, le régionalisme et la création de l’ennemi intérieur, l’ennemi extérieur, la falsification de l’Histoire, …tant d’autres facteurs que le pouvoir fait appel pour asseoir son règne.

Khaled Drareni a été approché à maintes reprises depuis sa première arrestation afin qu’il cesse de couvrir la Révolution du 22 février. Mais il a décliné l’offre en continuant d’exercer sa profession d’une manière professionnelle. Comme à l’accoutumée, le pouvoir a tout le temps de recourir à la corruption, chantages, pressions voire menaces pour faire fléchir les plus récalcitrants. Khaled Drareni a refusé de céder aux services de sécurité …il a préféré honorer son contrat moral avec les citoyens que de se soumettre à leur diktat. C’est bien de rappeler le droit du citoyen à l’information.

La condamnation de Khaled Drareni est le procès fait pour toute la presse. C’est la liberté d’expression notamment celle de la presse qui est menacée aujourd’hui. Et d’ailleurs, en matière de la liberté de la presse, selon RSF, Reporters Sans Frontières, l’Algérie est classée en 2020 , 146 sur 180 pays. Avec cet emprisonnement absurde vu les accusations colées au journaliste comme l’incitation à un attroupement non armée et l’atteinte à l’unité nationale. Des accusations fort tout.

Certains observateurs considèrent cette condamnation comme procédé afin de  terroriser toute la société à travers la menace qui pèse sur les journalistes réellement indépendants qui ont une liberté d’action et une éthique professionnelle. Pourrait -on parler de terrorisme judiciaire ?  D’aucuns ont choisi le déshonneur en optant pour la manne publicitaire en considérant le journalisme comme un métier pour manger du pain. Quelle drôle de conception d’une profession qu’on considère comme le quatrième pouvoir dans les démocraties qui se respectent !  La presse est le bastion de la liberté d’expression dans les régimes démocratiques.

Le vrai journalisme contribue à la formation d’une conscience citoyenne voire révolutionnaire. C’est dans cette optique que s’inscrit Khaled Drareni en choisissant la voie objective en allant sur le terrain pour donner la parole aux citoyens soucieux d’apporter des changements dans le pays. Cependant, le régime l’emprisonne pour semer la terreur dans la corporation et au sein de la société car il a la hantise de la reprise du mouvement révolutionnaire. Le pouvoir met en place tout un stratagème post pandémie. La finalité est d’avorter la Révolution du 22 février.

Khaled Drareni a opté pour le modèle de journaliste ‘’ outsider’’ considéré par le gouvernement comme ‘’ fauteur de troubles’’. Par conséquent à abattre par tous les moyens. Et d’ailleurs l’emprisonnement de tout journaliste est anticonstitutionnel. Le métier de journaliste est géré en Algérie d’une manière sécuritaire. C’est pour cela on a cherché des accusations d’espionnage. Est-il sérieux d’accuser ‘’ d’agent étranger ‘’  pour toute collaboration journalistique avec un média étranger ? C’est tellement absurde, on se pose la question de la nature des personnages qui se cache derrière ces scandales !

Le pouvoir veut des journalistes ‘’insiders ‘’  et soumis dépendant de la rente publicitaire. Il devient intraitable devant des professionnels de la presse. Et pourtant le régime veut demeurer dans la ‘’ zone grise ‘’, une dénomination des politistes pour qualifier les pays qui ne sont ni démocratiques et ni dictatoriaux, mais autoritaires. C’est le cas de l’Algérie. Avec ces dernières escalades qui démontrent clairement la mainmise du pouvoir exécutif sur les deux autres pouvoirs notamment sur le judiciaire pour régler des comptes avec les journalistes ou militants qui refusent de se ‘’ normaliser’’.  On veut faire taire une voix crédible, juste et porteuse.

Une presse résistante et indépendante n’est pas compatible avec le régime autoritaire voire dictatorial.

Le procès de Khaled Drareni est le procès de la presse algérienne. La liberté de la liberté n’est pas seulement l’apanage des professionnels mais celui de toute la société. Une dynamique va sans doute s’enclencher pour exiger la libération du journaliste. Sans doute, son affaire va faire objet de traitement dans la presse internationale car il est aussi correspondant de presse de TV5 Monde.

S’Indigner et se solidariser avec le journaliste Khaled Drareni est plus qu’un devoir mais une exigence morale et éthique. Le journalisme n’est pas un crime mais un devoir car l’information est un droit citoyen.

                                                                                                                                                                                   Kamel Amari

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