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Algérie/ Contribution: La Kabylie, Bastion de la démocratie et des libertés

La Kabylie: Bastion de la démocratie et des libertés

Aujourd’hui, le 14 juin 2020 représente le 19ème anniversaire d’une date capitale de la conscience et de la mémoire collective des kabyles, car le 14 juin 2001 démontre cette belle démonstration de la mobilisation citoyenne qui a pu libérer l’Algérie de tout le mal qui l’a enchaînée à la médiocrité. Je rends un vif hommage dans ces lignes à toutes les personnes qui ont participé courageusement à cette marche grandiose et je rends aussi hommage à tous les martyres qui ont été lâchement assassinés par les balles du gouvernement Bouteflika-Zerhouni durant le printemps noir de Kabylie.


        La Kabylie est tout d’abord habitée par une population très ancienne de l’Afrique du Nord, cette population s’est basée essentiellement sur les chaines montagneuses qui ont servi comme un fort pour fuir les différentes invasions qu’a  subies cette région, particulièrement les invasions Romaine et Arabe. Mais ce qui est vraiment remarquable, c’est que malgré ces invasions qui ont duré et persister, les Kabyles ont réussi à sauvegarder leur langue, leur culture et leur tradition. Cette langue ancestrale est le tamazight, qui  selon Tassadit Yacine a des parentés avec l’égyptien ancien ou l’éthiopien ancien.

Pendant des siècles la société kabyle est très organisée, les assemblées locales sont une marque déposée de cette société, ces assemblées règlent les affaires socio-économiques de l’endroit concerné avec une gestion fortement ancrée dans les démocraties les plus avancées.    À travers le temps, notamment depuis 1962, la Kabylie a subi un isolement culturel, économique et identitaire ; pour autant, cette région n’a jamais cessé de se battre pour dire non au mépris et à la politique de la censure établie par les gouvernements qui ont succédé à la gestion de l’Algérie post-indépendante. Ainsi, cette région avait toujours combattu pour des  revendications plurielles, démocrates, laïques, culturelles et surtout identitaires. En effet, cette région possède une longue tradition militante et politique, cela est, sans aucun doute issu de la présence coloniale précoce et l’émigration massive vers le territoire français, où les échanges et les contacts entrepris depuis le XVIIIème siècle ont permis une forte scolarisation et une diffusion de concepts essentiels à la mobilisation politique. Un éveil de conscience se propage dans toute la région de Kabylie. Par ailleurs, des idées telles que fédéralisme, régionalisme et même autonomie ont été évoquées par une élite militante. Déjà, dans les années 1990, le chanteur kabyle Lounès Matoub a déclaré : «Le régionalisme est une réalité politique, il s’agit de l’assumer dans un système fédéral. L’histoire a façonné le peuple algérien en suivant des composantes distinctes, qui expriment aujourd’hui des aspirations contradictoires. Il faut dédiaboliser cette notion de fédéralisme, qui est une forme d’organisation très avancée. Régionaliser, c’est donner plus du pouvoir aux régions, c’est pour le bien de tout le pays. Plusieurs exemples dans le monde nous montrent l’efficience de cette forme d’organisation. »

L’histoire de l’opposition entre la Kabylie et le gouvernement algérien est arrivée à son paroxysme lors de la révolte populaire d’avril 1980. L’interdiction d’une conférence de Mouloud Mammeri sur la poésie berbère ancienne kabyle est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En ces moments là, une importante présence médiatique a fait que l’événement est connu des militants berbères du monde entier, toujours attentifs aux organisations événementielles des Kabyles, dès lors, le Printemps berbère prend l’aspect d’un acte fondateur, quasi exemplaire tant il incarne l’éternelle soif de justice de l’ensemble des Kabyles réprimés par les pouvoirs successifs. C’est ainsi qu’en 2001, après le décès de 126 personnes et plus de 5000 blessés, les revendications prennent des formes plus conséquentes ; ce mouvement, qui avait eu pour nom le «Printemps noir», mobilise toutes les couches de la société et élabore les revendications suivantes :

 

  • Le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des CRS dans la région de Kabylie.
  • La satisfaction des revendications des Kabyles dans toutes leurs dimensions – identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle, mais également la consécration de la langue amazighe en tant que langue nationale et officielle, et cela sans référendum et sans conditions.
  • Un plan d’urgence socio-économique pour toute la région de Kabylie.

 

En 2016, la révision de la constitution algérienne ajoute une note plutôt importante pour la Kabylie et tous les berbères de l’Algérie. L’État algérien vient de reconnaitre le «tamazight» comme langue nationale et officielle et l’article 4 de la nouvelle constitution fait foi. Je signale en parallèle que l’Algérie compte environ 30 à 40 % de berbérophones tels que les Kabyles, Chaouis, Mozabites et les Touaregs.

La date clé dans la révolution citoyenne algérienne de 2019 ne fut autre que celle du 16 février 2019, où la population de la région de Kherrata sortirent par milliers pour dire non au 5ème mandat de Abdelaziz Bouteflika qui a officialisé le même mois sa candidature à l’élection présidentielle du 18 avril 2019. Saïd Sadi a dit à cet effet ce qui suit dans son livre Révolution du 22 février un miracle algérien : «…le 16 février la localité de Kherrata, l’un des sites martyr de la terrible répression coloniale de mai 1945, manifeste massivement pour rejeter un indécent cinquième mandat et, plus généralement, le système qui a pris en otage le pays depuis l’indépendance…Le 22 février, le peuple citoyen se lève fièrement résolument et pacifiquement dans une unité insoupçonné. L’aube d’une nouvelle ère apparaissait enfin.»

            Cette année 2019 marque la fin d’un cycle mais le flambeau d’avril 1980 est toujours allumé car les héritiers de tous les démocrates assassinés lâchement, emprisonnés ou exilés  manifestent chaque mardi et vendredi à Alger, avec des portraits et des icônes de la guerre d’Algérie exigeant le départ sans condition du système, ce vent de révolte a redonné de l’espoir et a fait ressusciter la démocratie au sein d’un gouvernement révolu, vieilli et dépassé.       L’ancien président du RCD, en l’occurrence, Saïd Sadi a parlé sur l’événement, et il a dit ce qui suit dans le même livre que j’ai cité précédemment : «Les graines semées en 1980 ont germés. Des noms et des figures ont traversé nos esprits tout au long de la marche. Ils s’appelaient Benai Ouali, Amar Ould Hamouda ou Mbarek Ait Menguellet, tous liquidés pour cause de vérité et de lucidité précoces. Notre génération a su néanmoins retrouver et honorer les luttes de ces jeunes qui, en 1949, avaient courageusement porté le débat sur cette nation singulière…Leur message nous fus précieux pour concevoir et lancer le combat de cette Algérie plurielle, démocratique et sociale, adossée au strict respect des libertés individuelles et collectives. Autant de revendications qui sont reprises aujourd’hui avec ferveur et en conscience ».

Je peux donc affirmer que si les insurrections d’avril 1980 et la révolte citoyenne de 2001 étaient deux examens qui n’ont pas abouti à faire tomber le système militariste, mais ils étaient déjà un repère pour cette révolution citoyenne et pacifique du 22 février 2019. Les millions d’Algériens qui appellent à un changement radical sortent avec des slogans qui se tiennent d’un passé vaticinateur. En effet, les manifestants sortent armés de pancartes significatrices telles que : « La primauté du politique sur le militaire », « Révolution du sourire », « Etat civil et non militaire », « Libérer les détenus d’opinons »… et surtout ils sortent avec la présence du drapeau national et du drapeau berbère synonyme de coexistence entre deux communautés, ce qui signifie immédiatement que la politique du diviser pour régner est complètement anéantie par cette maturité populaire.

 

Tudart i lzzayer tazayrit tudart i lzzayar tugdudt

CHENNIT Nassim

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