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Algérie/ Interview avec ABANE Bélaïd sur la révolution du 22 février

Interview avec ABANE Bélaïd sur la révolution du 22 février

Les opinions divergent quant aux nombreux processus de démocratisation que le monde est entrain de vivre, le cas algérien en est un, et la révolution pacifique du 22 février 2019 n’a pas cessé jusqu’à l’arriver du Covid-19. Que pouvons-nous dire là-dessus ? Que la société algérienne a gagné cette maturité politique au fil des ans ? C’est pour cette raison que les marches ne sont pas arrêtée et depuis les revendications se multiplient. Mais le régime est visiblement disposé à toutes les extrémités à l’égard du Hirak, surtout que le travail de désinformation médiatique et les tâches accomplies des mouches électroniques s’accentuent de plus en plus. C’est dans cette idée que je me suis engagé dans cette partie à interviewer des personnalités qui sont incluses d’une manière ou d’une autre à cette révolution pacifique, des personnalités qui ont contribué magnifiquement à l’écriture de ce travail de recherche. Je pense que sans leur aide, ce mémoire de recherche n’aurait jamais vu le jour surtout par rapport aux détails qui m’ont été données et cette vision éclairante et éveillante de mes interviewés.

Interview avec ABANE Bélaïd tenue le 26/04/2020.

 

  • CHENNIT Nassim: Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

  • Bélaïd ABANE, professeur des universités en médecine, politologue, spécialiste de l’histoire politique du mouvement national et de la Révolution algérienne. Auteur de nombreux ouvrages en médecine et en histoire. Je vis à Paris tout en restant observateur attentif de la vie politique algérienne, et engagé pour le succès du mouvement populaire du hirak, pour la démocratie et la libération de tous les prisonniers d’opinion.

 

  • Considérez-vous que la révolution citoyenne est un échec ?

  • Pas du tout. Ce n’est pas un échec et loin s’en faut car le peuple a atteint un haut degré de conscience politique. Plus aucun gouvernant ne peut avoir les reflexes faciles de la prédation et de la gabegie comme ce fut le cas  avec les régimes précédents. Le peuple algérien mobilisé au sein du Hirak a atteint tous les objectifs possibles par la lutte politique pacifique. Certes il n’a pas réussi à bloquer le coup de force électoral du 12 décembre car il a jugé plus sage de ne pas opposer la violence à la force. Il a ainsi démontré sa grande maturité politique. Au surplus la partie n’est pas terminée. Il est certain que le mouvement populaire se remobilisera dès que la situation sanitaire se normalisera. Le hirak reprendra la lutte pacifiquement et réalisera le changement de fond inéluctable inscrit dans la logique historique de notre pays. Le système illégitime et fragile se trouve face à une crise économique grave doublée d’une crise sanitaire planétaire majeure. La lutte des clans s’exacerbe au sein des cercles du pouvoir. Le risque est qu’elle débouche sur l’implosion du système faisant courir au pays les risques d’une dérive majeure.  Nécessité donc d’un changement de fond par la voie pacifique guidé par la raison politique. Encore une fois le concept Soummamien d’Etat civil n’est pas juste un slogan ou une figure de style.

 

  • Quel rapport établir entre les réseaux sociaux et cette révolution ?

  • Le mécontentement était généralisé et s’est exacerbé lorsque le système, devenu fou, a fait le projet d’un 5ème mandat pour un homme grabataire réduit à un cadre photo. De plus le régime était arrivé à un point de sclérose, de prédation et de gabegie jamais atteint. Historiquement, l’heure du changement avait donc sonné. Il est évident que la mobilisation aurait été éminemment plus difficile sans les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux ont assurément catalysé le mécontentement et ont permis de le canaliser.  Les révolutionnaires utilisent en toute logique les moyens de leur époque. Il fut un temps où on luttait avec des tracts, des dazibaos,  des journaux clandestins… Aujourd’hui, le monde est ouvert pour paraphraser une formule de Karl Popper.  C’est de bonne guerre. Au demeurant même les régimes autoritaires dont le nôtre, utilisent les réseaux sociaux pour la manipulation, l’intoxication et la division. Rappelons-nous les fameux moucherons électroniques destinés à monter les Algériens les uns contre les autres. En Algérie comme du reste dans tous les régimes où règne l’emprise totale de l’Etat sur les médias, les réseaux sociaux constituent une opportunité miraculeuse bonne à saisir.

 

  • Comment jugez-vous les arrestations arbitraires durant cette révolution pacifique ?

  • Ces arrestations constituent une régression même par rapport à l’ère Bouteflika. C’est une erreur majeure du système qu’il portera comme une grosse tache indélébile. Il faut ajouter à cela que ces arrestations quand elles frappaient les porteurs de l’emblème amazigh étaient sciemment commanditées pour diviser le peuple algérien et désigner un bouc émissaire à l’incurie du système. Elles traduisaient également un manque de vision politique et la faiblesse d’un système qui pense toujours selon le paradigme de la force brutale et de la répression. Le système est tombé dans le piège de ses apprentis sorciers et il aura du mal à s’en dépêtrer.

 

  • Abane Ramdane est revenu en force durant la révolution pacifique. Ne pensez vous pas que c’est la victoire de la Soummam sur l’autoritarisme militaire contre lequel il s’était élevé jusqu’ la mort?

  • Oui c’est la revanche de la Soummam et des Soummamiens, notamment Abane et Ben M’hidi qui ont porté à bras le corps le principe de la primauté politique. Abane n’avait de cesse que de faire valoir la raison politique face à la force militaire. L’esprit soummamien est plus que jamais dans l’actualité brûlante de notre pays pour rappeler aux tenants de l’autoritarisme et de l’hégémonisme militaire que la voix du peuple est celle de la raison politique et de l’Etat civil.

Interviews tirées dans le mémoire de recherche : Le rôle des réseaux sociaux dans la révolution citoyenne algérienne de 2019 : Une lecture de Facebook et de Youtube comme deux outils de communication politique de M. CHENNIT Nassim à l’université de Paris Nanterre. Avril 2020.

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