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Le printemps berbère, à l’origine du combat pacifique pour la culture et la démocratie en Algérie.

Le printemps berbère, à l'origine du combat pacifique pour la culture et la démocratie en Algérie.

Par Slimane Chabane.

Aujourd’hui 20 avril 2020, nous célébrons le quarantième anniversaire du printemps Amaziɣ. Un printemps qui devait être, comme tous les autres printemps, fait de fleurs et de poèmes et où on a piétiné les fleurs et interdit les poèmes. Mouloud Mammeri, invité pour le 10 mars, par la communauté universitaire de Tizi Ouzou pour parler de poésie sera enlevé par des motards à l’entrée de la ville.

Ayant eu vent de la mauvaise nouvelle, un sentiment de colère traversa les étudiants de l’université. Et depuis, ce ne fut que manifestations, marches et grève qui gagneront toute la kabylie et Alger.
Après 40 jours (10 mars/20 avril) d’actions de rue de diverses natures entrecoupées de menaces d’interventions des autorités, la matinée du 20 avril 1980, une répression féroce s’abat sur les étudiants du centre universitaire, les travailleurs de l’hôpital, les employés des entreprises telles que Sonelec…parce que, tout simplement, ces citoyens ne voulaient pas disparaître en tant que culture, langue, identité, civilisation, Histoire…
Tout cela à d’abord commencé à Tizi Ouzou, en kabylie.Les raisons de cette répression inouïe fut les protestations et les manifestations pacifiques qui se sont déroulés dans les principales villes de la région Kabyle : Tizi Ouzou, Bgayet, Tubiret, Bumerdes ainsi que la capitale Alger.
Ces marches et la grève générale du 16 avril sont venues suite à l’interdiction de cette conférence anodine au début mais qui est finalement entrée dans l’Histoire par la grande porte. Une conférence que devait animer Mouloud Mammeri et qui devait traiter des  » poèmes kabyles anciens » titre d’une œuvre
que venait d’éditer le conférencier lui-même.


Le pouvoir, toujours dans le déni identitaire et linguistique amazighes depuis l’indépendance en 1962, a cru pouvoir continuer à falsifier l’Histoire et nier une langue plusieurs fois millénaires et la première en Afrique du Nord et changer l’identité du peuple algérien. C’est la goutte qui a fait déborder un vase déjà plein à cause d’une dictature qui s’est installée au pouvoir par les armes dès l’indépendance en 1962.
Ce qui distingue le mouvement 80, acte fondateur des manifestations publiques en Algérie, des autres, est son caractère pacifique. Le système, redoutant une contagion qui touchera les autres régions, entreprit de diaboliser les revendications et de discréditer leurs initiateurs.
Aux revendications des cultures populaires et des libertés démocratiques, le pouvoir répond par une propagande digne des régimes staliniens : « parti de la France », « ennemi de l’unité nationale, » « brûleur de coran, » « diviseur et régionaliste… »
Exactement les mêmes  » accusations » que les révolutionnaires du 22 février entendent maintenant depuis 14 mois de la part d’un système finissant, corrompu et corrupteur, assassin, méprisant « son peuple » et insultant « ses propres citoyens » qu’ils auraient voulus et qu’ils voient plutôt comme ses « sujets. »

Aujourd’hui, quand on entend les mardis et les vendredis notamment, des millions d’Algériens de Bab El Oued à la Casbah, de Constantine à Batna, d’Oran à Ouargla… scander  » Algérie libre et démocratique », « État civil et non militaire » et « Imaziɣen », on peut dire, sans risque de se tromper, que le peuple algérien va bientôt cueillir les fruits des graines semées en 1980 par des patriotes algériens de cette région qu’ils chérissent tant maintenant et à laquelle ils clament leur reconnaissance. Février 2019 a répondu en écho à avril 1980. 39 ans après, la jonction a eu lieu entre patriotes et révolutionnaires d’une même Patrie, d’une même identité.

Les 24 détenus du printemps berbère avril 1980 :

1 – Arezki Abboute
2 – Mokrane Chemime
3 – Said Saadi
4 – Ferhat Mehanni
5 – Mouloud Lounaouci
6 – Ali Brahimi
7 – Said Khellil
8 – Djamel Zenati
9 – Arezki Ait Larbi
10 – Ourabah Ali Chikh
11 – Aziz Tari
12 – Gérard Idriss
13 – Rachid Hallet
14 – Mohand Stiet
15 – Rachid Ait Ouakli
16 – Ahmed Aggoune
17 – Mohand Nait Abdellah
18 – Salah Boukrif
19 – Maâmar Berdous
20 – Achour Belghezli
21 – M’hamed Rachedi
22 – Mustapha Bacha
23 – Mouloud Saadi
24 – Djamel Bouchenna

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