Politique

Politique/ Contribution : L’Algérie nouvelle dans le clair-obscur. (Le Hirak, une Institution d’alerte)

L’Algérie nouvelle dans le clair-obscur.

Par Saadeddine Kouidri.

Dans son discours entamé par un bismillah orné, long et roucoulant, comme s’il  préparait  un  voyage au royaume des dieux, lors de la réunion gouvernement-walis du 17.02.20 le Président parle de « l’identité » qui est traduit  dans la presse, reprenant certainement le communiqué officiel par « l’identité nationales ». Ce rajout et cette faute d’attention ne peuvent être qu’un message sibyllin qui peut signifier : nous ne séparerons pas la religion de l’Etat, nous ne toucherons  ni à l’amazighité ni à l’arabe et  nous n’ajouterons pas la langue de « yetnahaw gaâ». Nous resterons amazighs, arabes, musulmans, pour ne jamais être citoyens algériens. En un mot le système politique ne retient pas que nous sommes africains et méditerranéens, parce que c’est évident. Il ne retient que ce qui est équivoque à l’image de sa politique!  Ceux qui luttent pour l’abrogation des identités meurtrières,  étaient déjà fixés suite à la recommandation  du Président faite à la commission des experts, celle de ne pas toucher aux « thawabêtes » (les fondements). Les forces de l’obscurantisme à l’ombre  du pouvoir  veillent aux grains pour que l’identité algérienne  reste un moyen de division et non d’enrichissement. Ils ne veulent aucune autre interprétation que celle de maintenir les identités qui ont fait plus de tords que de bien. Comment prôner la démocratie, qui est la parole du peuple  tout en drapant l’Etat d’une religion ?  Les premières constitutions avaient  omis l’amazighité et avaient faits du tord au peuple. Aujourd’hui tout en la reconnaissant elle demeure  un facteur de division et en sus ils utilisent la pureté de la langue arabe pour nier l’arabe algérien…

Chadli en agréant le FIS avait légitimé l’utilisation de la religion à des fins politique, Bouteflika s’en est servi pendant vingt ans jusqu’à  oser  un 5e mandat. Si les juristes maintiennent dans le projet de constitution que l’Etat a une religion, on devine à quel avenir ils nous projettent ! Ils maintiendront leur Algérie nouvelle dans la zone claire-obscure.
« Dans une zone d’ombre j’allume les xénons » dit la chanson ; dans la zones obscure je hiraque.

La presse rapportait que lors d’une seule année dans la décennie 2000 on a compté presque 13000 émeutes, toutes dénonçaient, parfois le manque, d’eau, d’électricité, de route, de transport, d’emplois… Si aujourd’hui ces privations n’ont pas comme raison le manque d’argent comme l’affirment les officiels ; ne serait-il pas plus simple de répondre sans attendre aux doléances des citoyens de ces zones abandonnées par l’octroie d’une enveloppe financière et un protocole qui permettent à l’élu local de puiser un puits en attendant de relier ses zones aux réseaux d’alimentation en eau, d’acheter un groupe électrogène ou l’installation de panneaux en attendant de les connecter aux réseaux d’électricité et du  gaz ; d’ouvrir une cantine, de construire un dispensaire, une classe d’école , de préserver l’environnement… Rappelez à l’élu et à tous les responsables locaux leurs  hautes responsabilités et les risques qu’ils encourent quand le minimum vital n’est pas fourni  au citoyen.

Le changement du système n’est pas dans le changement des hommes mais dans les méthodes de gestion et de communication.  La gouvernance n’est pas de charger les responsables mais d’énumérer, et répéter inlassablement les tâches qu’ils doivent accomplir jusqu’à faire parvenir le message aux oreilles des services chargés de ce travail et légitimer de cette façon, la demande du citoyen y compris par la manifestation. L’émeute à ces sujets annonce l’incompétence des services publics et dans de tels cas ce n’est pas les manifestants qui doivent être blâmés mais les partis politiques les associations, l’élu et les responsables des services administratifs et techniques.

Dans son discourt aux walis le Président commente le documentaire  « Zone d’ombre » en  affirmant que les intervenants dans ce film  « n’ont aucune appartenance politique ». Dans ce cas le Président laisse sous entendre que la misère est un choix. Dans la « zone d’ombre »  ne plane que le dénuement  quand au reste c’est à  dire dans les zones moins sombre, c’est la violence de l’Etat et de ses acolytes qui ont dissuadé le citoyen d’approcher les partis politiques avant de transformer certaines  des ces organisations en coquilles vides et d’autres en des  gangs de corrompus, des « issaâba » (bandes sans vergogne).  C’est la raison qui a fait que seul le peuple pouvait intervenir pour sauver l’Etat de l’effondrement. Il faut juste rappeler au Président que le Hirak  non plus n’a pas d’appartenance politique à cause des sévices  menée pendant des décennies par le pouvoir sous différentes formes qui vont de la corruption des décideurs à l’islamisation de la société, contre toute représentation démocratique du peuple et qui a mené  à la situation catastrophique que nous connaissons.

La leçon qui se répète et qui ne trouve toujours pas d’échos, porte un préjudice au pays,  est que la gestion de l’Etat ne peut être efficace que par la présence de partis politiques démocratique qui permettent l’alternance au pouvoir. Seules les organisations démocratiques et les libertés sont a même d’éviter, les dérives des institutions de l’Etat et les préserve de l’injustice,  de  l’abandon des plus démunis, de la harga des jeunes. Faut-il  souligner que le racisme, l’appel au meurtre, à l’inégalité envers les femmes,  aux  violences particulièrement envers les enfants  ne sont pas des opinions et leurs condamnations doivent s’exercer tout le temps et en tout lieu y compris par le simple citoyen. Ils doivent faire l’objet d’une publicité et diffusés dans les médias jusqu’à leur prise en charge par tout le peuple et en tous lieux

Rappelons juste que la souffrance n’a pas été la cause du Hirak comme le font croire certains de l’autre rive. La cause, de ce mouvement a été le ridicule du pouvoir, celle de présenter le cadre d’un vieillard impotent à pour une 5e candidature à la Présidence de la République. Le hirak de  ne présente pas de revendication sociale mais exige le changement du système politique qui a mené le pays à la dérive. Ce système politique dit libéral avait l’adhésion de dirigeants  occidentaux des islamistes, des partis politiques, de l’UGTA qui aujourd’hui veulent se déculpabiliser en employant un nouveau terme, celui de  la îssaba pour faire oublier leur forfait. D’autres « essuient le couteau » sur les généraux pour apparaitre comme innocents, eux qui les côtoyaient et qui ont accompagné le régime pendant plusieurs mandats

De  jeunes adolescents interviewés, dans le documentaire « zone d’ombre » projeté lors de la rencontre gouvernement-walis  montre qu’un an a suffit pour que jusqu’aux zones oubliées par l’Etat depuis des lustres, des adolescents clament leurs revendications  à la manière  de leurs frères ainés du Hirak.

Ce documentaire fait par la télévision nationale sur une commande du Président témoigne qu’il y a plus d’une zone abandonnée par l’Etat. Il approuve donc, des années après,  les milliers d’émeutiers et les centaines de citoyens qui ont été emprisonnés, violentés et parfois torturés  pour l’avoir dénoncé. Quelle honte que d’entendre au même moment de hauts responsables  blatéré sur la fidélité au serment de Novembre lorsque ils entendent juste un point de vue qui diffèrent du leur sur la lutte de libération.

L’expérience des échecs successifs des partis politiques démocratiques ont appris au peuple que les Services de l‘Etat étaient là pour  brimer toute association qui tentait de le mobiliser en l’informant des injustices commis en son nom. Le peuple s’en est éloigné  et apparaissaient  pour beaucoup  démobilisé, ghachi. On s’aperçoit aujourd’hui que le peuple avait jugé que le rapport de force n’était toujours pas en sa faveur.  C’est une nouvelle génération connectée qui surgit non du néant mais des stades et des campus nourrie des épopées de leurs aînés. Elle entraîne  la majorité du peuple et fait la force du Hirak, par sa silmya.  La jeunesse est un point commun entre la Révolution du 1e Novembre 54 et celle du 22/2. L’autre point commun est la fréquentation du milieu non pollué par le système politique colonial de l’un et de la îssaba de l’autre car si la première jeunesse était formée de hors la loi (coloniale) la deuxième étaient à l’écoute  des émeutes et  avait le stade comme milieu. Les deux étaient dans des endroits moins pollués que leurs coreligionnaires. Ils étaient dans la main de Fatma. Les deux jeunesses à 65 ans d’écart  partageaient la même spiritualité,  la protection des  démunis et la dénonciation de l’injustice par la consolidation des libertés. La politique dans ce cas ne serait-elle pas  la spiritualité de l’homme moderne ?

Notre jeunesse actuelle  s’est servit à bon escient de l’internet. Cela n’a pas toujours été le cas et risque de ne pas le demeurer à l’instar sous d’autres cieux.

Le paradoxe est que la politique du pouvoir en occident a de plus en plus d’impact sur les jeunes en rupture avec  la société. Si dans les années 50 ils  sympathisaient avec les luttes de libération et particulièrement celle que menaient les vietnamiens, ils ont viré leur cutis au côté des maoudjahidine afghans dans les années 70 et  des salafo-djihasites en Syrie des années 2000. Ils rejoignent la politique du pouvoir dominant  tout en s’éloignant géographiquement de leur pays et non de sa politique. Un deuxième   paradoxe est l’attitude de ces islamistes qui combattent la culture et le mode de vie occidental chez eux, qu’ils qualifient d’impie tout en rêvant, s’établir dans les pays chrétiens !

Ces contradictions semblent tenir du revers de la médaille de la toile qui fait que« La richesse de connexions d’un espace militant est un indice de risque potentiel en termes de rupture avec la société globale. Plus l’espace en question est connecté à d’autres espaces ou foyers idéologiques, à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire national, sous les formes les plus variées ; plus il a de chance de devenir un espace stratégique dans l’expression » de l’extrémisme et de l’obscurantisme.

Dans son discourt aux wali le Président  a mentionné, la création éventuelle d’une Cour constitutionnelle indépendante qui se prononcera sur les litiges opposant les différents Pouvoirs

Les discours qui ne sont pas suivit par des actes, nous rappellent  le proverbe qui affirme que « Le chemin de l’enfer est pavé de bonne intention ». Quand on apprend qu’au moment du discours des actes d’injustices, révoltants, se multiplient  à l’instar de cette femme qui se fait expulser de la ville parce qu’elle refuse de porter le voile ! Parler dans ce cas d’une Cour constitutionnelle qui se prononcera sur les litiges opposants les différents pouvoirs semble surréaliste quant on sait que l’Etat dispose de centaines de milliers d’agents incapables de protéger  une citoyenne à cause de ces institutions  qui demeurent en  zones obscure.  Le plus urgent n’est-il pas d’éclairer ces zones  pour que le citoyen puisse entrevoir  la République démocratique, sociale et laïque et faire du Hirak son Institution d’alerte.

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