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Algérie/ Moi aussi je veux devenir président

Moi aussi je veux devenir président

Par SAIDANI KASSI.

« Mon rêve d’enfance »

Avant que mon grand-père ne fasse plus partie de ce monde, on passait souvent du temps ensemble. Et à chaque occasion, il n’hésitait pas à me parler de la vie, de l’avenir, du passé, de l’histoire, de la politique, de tous et de n’importe quoi ! Il saisissait chaque occasion pour m’apprendre de nouvelles choses, une sorte de formation, dont toutes les leçons étaient en or. Je me rappelle dès que les vacances arrivaient, je me pointais au village avec l’enthousiasme de rencontrer cet homme qui me faisait découvrir le monde d’une façon plus profonde et plus vaste. Un homme qui me donnait envie de grandir, d’affronter cette vie, de me battre sans baisser les bras pour ce qui est juste, pour ce qui est de droit. Un homme qui a sacrifié son enfance pour son pays, sa jeunesse pour sa famille et sa vieillesse pour son village ; il a vécu pour les autres mais il a vécu avec une conscience tranquille, et il a dégagé son dernier souffle pour se reposer en paix. C’est mon idole !
Pour le taquiner, je lui disais souvent qu’une fois adulte, je rejoindrais un parti du pouvoir pour que je puisse rapidement grimper les marches du système et devenir président de la République, pour que je puisse établir cette démocratie dont il rêvait. Pour mon grand-père, le fait de penser intégrer de tels partis est un crime, de là à envisager d’y faire carrière… Il aurait pu me poursuivre pour crime contre l’humanité à la Cour pénale internationale de La Haye ! Cependant, avec le temps et en prenant de l’âge, je m’aperçus qu’il avait entièrement raison. Personne ne pouvait faire ça. Comme disait Abraham Lincoln, «  On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie de temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. » Et puis, à quoi sert-il de se mentir à soi-même ?
Devenir président de la république, un rêve qui a toujours existé au fond de moi ! Pourquoi ? Comment ? Je ne sais pas comment j’ai pu avoir un tel rêve mais puisqu’il existe, pourquoi ne pas le vivre ?! Dans la réalité qui est la nôtre, dans une oligarchie, la mission m’est impossible, mais je savais ça depuis longtemps, très longtemps même, surtout pour une personne dont l’esprit est bercé par les principes de démocratie, de laïcité, de l’égalité et d’ouverture culturelle et d’esprit.
D’après l’article 73 de la Constitution, il me reste environ vingt ans pour que je puisse participer aux élections présidentielles, si je ne perds pas la tête avant ! Ce qui est certain, c’est que j’ai de beaucoup plus de chance de finir fou ou qu’on trouve ma dépouille dans la mer en essayant de fuir le pays, que d’être élu président de la République… Enfin, je dis « élu » mais pour le moment, devenir président est une pure « désignation » par des mains invisibles !
Comment un jeune sans ailes, comme moi, pourrait combattre tous ces dinosaures et toutes ces momies enracinés sur le trône du pourvoir ? Au début, je comptais sur la jeunesse ! Cette force qui peut tout faire basculer et ouvrir un nouvel horizon à mon beau pays. Mais, j’ai peur de me retrouver seul. La raison est triste et drôle à la fois ; ça me fait rire et pleurer au même temps ! Il suffit de voir les chiffres pour mieux me comprendre : 840 000 individus ont quitté leur pays ces dernières années dont 15 000 étudiants. Sans oublier ceux qui quittent clandestinement, les « Harraga » : ceux dont les corps flottent ou ont été engloutis par la Méditerranée alors qu’ils rêvaient du rivage européen. Ils sont plus de 13 000 à être arrêtés par les forces marines européennes, sans compter les dépouilles qu’on trouve chaque jour sur nos rivages. Triste réalité.
Chaque nuit, pendant mon sommeil, je me vois quitter mon pauvre pays sur une chambre-à-air, fuyant cette misérable vie. Et mon rêve ? Oui, mon rêve, qu’en est-il de celui-ci ? Vais-je devenir Président ? Les chiffres prédisent l’avenir mieux que moi, d’ici vingt ans, il ne restera plus personne. En attendant, on ne fera que voir épuiser les puits du pétrole, bousiller une merveille touristique, écraser et faire fuir une force humaine et intellectuelle. Tel-est le triste sort de ce pays. Mais de quel sort parlons-nous ?  En tout cas, les martyrs n’auraient jamais donnés leurs âmes pour l’Algérie d’aujourd’hui, c’est vrai que c’est les meilleurs qui partent en premier, et le temps finit toujours par leurs donner raison – Larbi Ben-M’hidi a malheureusement bien prédit l’après-guerre : « Je voudrais être soumis à ces tortures, pour être sûr que cette chair misérable ne me trahisse pas. J’ai la hantise de voir se réaliser mon plus cher désir car, lorsque nous serons libres, il se passera des choses terribles. On oubliera toutes les souffrances de notre peuple pour se disputer des places, ce sera la lutte pour le pouvoir. Nous sommes en pleine guerre et certains y pensent déjà, des clans se forment. À Tunis, tout ne va pas pour le mieux ; oui, j’aimerais mourir au combat avant la fin ». Et l’Algérie rêvait en 54 ? En 56 ? Quelle ironie du sort !
Il me reste vingt ans pour que je puisse me présenter à ces fameuses élections. Que se passera-t-il pendant ce temps ? Les chiffres, auront-ils raison ? Ou l’espoir verra-t-il le jour ? Qui sait, peut-être que c’est moi l’espoir ? Quand je parle à mon entourage de mon ambition de devenir Président, ils ne me prennent jamais au sérieux, et la seule chose qu’ils n’arrêtent pas de me répéter est « Akhtik mel poulitik ! » (éloigne toi de la politique). Mais pour moi, c’est autre chose : je suis convaincu d’avoir un programme qui pourrait nous sortir de cette crise, mais personne ne me croit. Plus décevant, personne ne prend la peine d’écouter mes propositions. On ne croit plus à la jeunesse. Quant à moi, j’ai peur de persister et devenir opportuniste. Qui ne connait pas au moins un opportuniste ? Qui n’a pas d’opportunistes autour de lui ? Il y en a beaucoup de nos jours. Oui, ces gens que n’apparaissent que pendant les campagnes électorales, qui bousculent tout le monde pour assurer une place au détriment des compétences et des jeunes, et disparaissent…jusqu’aux prochaines échéances ! Des dinosaures.
En attendant, je garde espoir. Nicolas Machiavel disait que « Rien n’est aussi désespérant que de ne pas trouver une nouvelle raison d’espérer »,  c’est pourquoi, chaque matin quand je me réveille, je déterre au fond de moi, ce grain d’espoir : qu’un beau matin, dans les rues d’Alger, hommes et femmes revendiqueront une démocratie. Et pourquoi pas une nouvelle constitution qui exigera un âge moins élevé pour la candidature à la présidence, ça m’aiderait de ne pas attendre vingt ans ! Et ça aiderait le pays à sortir de ce désert de désespoir.
25/12/2018


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